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Dossiers Afrique

L’Afrique du Sud et l’Apartheid
 
 
Appréhension d’une politique de ségrégation, illustrée par le Bentu Education Act (lois sur l’éducation des Bantous) adopté en 1953.
 
 
 
Pleure, ô pays bien-aimé,
Sur l’enfant qui n’est pas encore né
Et qui héritera de notre peur.
Puisse-t-il ne pas aimer trop
Profondément cette terre.
Puisse-t-il ne pas rire avec trop de joie
Lorsque que l’eau coule entre ses doigts,
Ne pas se taire trop gravement
Lorsque le couchant fera flamboyer le veld[1].
Puisse-t-il ne pas être trop ému
Lorsque les oiseaux de son pays chanteront,
Ne pas donner trop de son cœur
A une montagne, à une vallée.
Car s’il donne trop,
La peur lui prendra tout.
 
 
Alan Platon[2]
 
Plan
 
 
Quels sont les éléments  qui ont amenées l’Afrique du Sud d’hier, à fonder un Etat reposant sur le racisme (entre autres) au point d’instituer juridiquement cette ségrégation par la politique d’Apartheid ? Nous illustrerons ceci avec la loi sur l’éducation des Bantous, régissant l’accès à l’éducation des populations de couleurs.
 
 
Introduction
 
 
 
L’Afrique du Sud est un pays connu de tous, non pas pour ses vertus (nous l’espérons) présente et à venir, mais pour son passé empli de vices… L’idée n’est pas de faire ici le procès de ce qu’a été l’actuelle Afrique du Sud, l’objet de ce dossier est de constater et de comprendre, comment et pourquoi ce terre a subi tout ceci.
 
L’Histoire de l’Afrique du Sud remonte bien plus loin que l’arrivée des Européens au XVIIe siècle, elle commence bien des millénaires auparavant avec l’installation des peuples San, Khoikhoi ou encore Bantou. L’Afrique du Sud a d’abord été le pays de l’Homme Noir avant d’être celui de l’autre contraste, de l’autre nuance, soit l’Homme Blanc. Bien que conscient de tout ceci, nous nous attarderons à prendre le fil de l’Histoire Sud-Africaine avec l’arrivée des Européens au Cap… Non pas que l’Histoire antérieure ne soit pas intéressante, mais bel et bien parce que les racines du « mal » ont leurs sources ici… C’est lors de « notre » arrivée que le destin tragique de ce pays s’est engagé.
 
En effet, pour beaucoup, la ségrégation raciale commence avec l’instauration juridique et officielle de l’Apartheid[3] en 1948, mais il n’en est rien… Le conflit « coloré », entre les peaux blanches et les autres[4], débute pratiquement dès le début de la présence européenne. Il est nécessaire de (re)faire cette remise en situation contextuelle pour saisir les enjeux passés, présents et futurs que l’Afrique du Sud a du, doit et devra faire face… Il faut connaître d’où l’on vient pour appréhender où l’on est et surtout où on va…
 
C’est pour cela que la première partie de cette courte étude va se concentrer sur une approche résolument historique, afin de suivre l’évolution de l’implantation européenne et ses conséquences. Evidemment, nous ne traiterons ce voyage dans le temps qu’à travers le prisme des relations entre la communauté blanche toujours plus nombreuse et vindicative, face aux autres peuples de la région. Chaque étape a eu son importance et donne des éléments pour mieux saisir la ségrégation qui conduira à son accomplissement final au travers de l’Apartheid. Ce choix de traitement du sujet est bien sûr critiquable, mais il permet néanmoins une approche évolutive et réceptive au regard de l’Histoire. Comme nous pouvons déjà le noter, l’Apartheid n’est pas le fruit d’une décision ponctuelle, mais d’un processus long et complexe qui à germé dès la genèse de l’Afrique du Sud « européenne ».
 
Fort de cette première partie qui nous aura permis de constater le processus ayant conduit à la réalisation de l’Apartheid, nous nous attarderons plus précisément sur une des politiques majeures sous le régime de l’Apartheid, à savoir les lois sur l’éducation des Bantous de 1953. Ces lois, qui régissent la politique éducative de la République Sud-Africaine, instaurent les principes qui fondent d’un coté l’éducation des blancs, et de l’autre celle des non-blancs. Comme nous le savons tous, l’éducation est un enjeu crucial pour tout Etat digne de ce nom, et c’est à ce titre que l’application de l’apartheid quant au domaine de l’éducation des non blancs, est révélatrice de l’esprit de ce régime. Ces lois incarnent la logique de domination des blancs au pouvoir, et illustrent les tenants et aboutissants du régime d’Apartheid. Encore une fois, ce choix est purement arbitraire, et bon nombre des lois qui caractérisent l’Apartheid auraient permis de symboliser de manière tout aussi convaincante ce que fut l’Apartheid. Néanmoins, ces lois de division du système éducatif sont les plus symboliques et permettent de réaliser facilement ce qu’était le régime ségrégationnisme en Afrique du Sud et ses ambitions.
 
C’est ainsi qu’au regard de l’Histoire, nous allons dans un premier temps constater les origines du « mal », étudier l’Apartheid et son instauration d’une manière globale, pour enfin nous recentrer sur les lois d’éducations Bantous, qui résume en grande partie le fonctionnement de l’Apartheid, ses moyens, ses fins et surtout… sa fin !
 


I. Des origines d’une rupture à l’Apartheid formellement institué.
 
            Cette partie à vocation à mettre en perspective l’élaboration de l’implantation européenne au Sud de l’Afrique, ses étapes, ses conflits, et ses conséquences qui mèneront la communauté européenne a prendre une certaine voie, qui l’amènera jusqu’à l’Apartheid.
 
A.      Héritage historique.
 
Le premier contact entre les européens et le Sud de l’Afrique remonte à 1488. Au XVe siècle, le Portugal s’ouvre sur les mers, grâce à Henri le Navigateur. Pays de l’or et des esclaves, les expéditions se multiplient en direction de l’Afrique. Le 3 Février 1488, le commandant portugais Bartolomeu Dias (Bartholomé Dias) croise le Cap, qu’il baptise le Cap « des Tempêtes » (dû a de forts vents violents), mais le Roi Jean II, dans un esprit plus positif, le rebaptise comme le Cap « de bonne espérance ». Si seulement…
 
1.      La découverte du Cap par les Pays-Bas et le relais anglais.
           
            Les portugais ne reste pas longtemps au Cap, trop préoccupés par leurs intérêts asiatiques. A la fin du XVIe siècle, les Provinces Unies (futur Pays-Bas) sont libérées de l’emprise espagnole. Elles partent elle aussi à l’assaut des océans et fondent en 1602 la VOC, plus connue sous le nom de Compagnie des Indes orientales. Forte de sa croissance, la VOC, cherche une étape sur sa route entre l’Europe et l’Asie. Son choix se portera sur la province du Cap. La Mission de fonder une escale au Cap est confié à un jeune chirurgien ayant soif d’aventure, Jan Van Riebeeck. Il part en 1651 avec trois navires et une centaine d’hommes. Il débarque au Cap le 6 Avril 1952, l’histoire commence donc vraiment à cette date, avec la première implantation européenne planifiée. Ils sont soumis à l’autorité de la VOC et les objectifs sont clairs et restreint, construire un fort, planter un verger et un potager, défricher pour permettre le ravitaillement en produits frais les navires de passages. Les débuts sont rudes, mais à force d’acharnement, les premiers ravitaillements se déroulent en 1653.
 
            Contrairement à un mythe tenace, la région du Cap était loin d’être inhabitée. En effet, cette partie de l’Afrique Australe abrite le peuple Khoikhoi qui se consacrent exclusivement à l’élevage de mouton et de bœuf à longues cornes, seule source de puissance et de richesse. Il est intéressant de noter qu’au départ (comme souvent), la cohabitation se déroule plutôt dans un bon esprit. Les Hollandais obtiennent d’eux le bétail dont ils ont besoin qu’ils troquent contre du tabac, du cuivre, du fer, de la verroterie[5] et de l’alcool. Malheureusement (comme souvent aussi), ces relations cordiales sont de courtes durées, à cause des exigences toujours plus fortes des colons européens. Le conflit finit par éclater lorsque Jan V. Riebeeck reçoit de la part de la VOC, en 1957, l’autorisation de concéder unilatéralement des terres à certains employés. Ils spolient ainsi les Khoikois de leurs terres, d’autant plus qu’ils ont l’interdiction formelle de la VOC de commercer avec eux, l’essor de l’économie est important, profitant des ventes de leurs productions aux navires faisant escales. Mais les Khoikois ne restent pas sans réagir et tentent de donner du bétail malade, Jan V. Riebeeck prend des Khoikhois en otages comme mesure de rétorsions. Fort de cette rivalité naissante, les colons, ayant l’avantage du cheval et du fusil, mulitplie les razzias chez les Khoikhois. Si bien qu’en 1959, les Khoikhois se fédèrent sous l’autorité du Chef Doman, afin de lutter plus efficacement contre les colons. Ils attaquent les hollandais qui se retrouvent forcés de se réfugier dans leur fort, mais les armes à feu des européens ont vite soumis les réfractaires en les réduisant en esclavage ou en les envoyant en exil. La Colonie, continue de croître… Les Khoikois asservis se révèlent être de piètre paysans, et les Blancs estiment ne pas avoir à faire ce travail qu’ils considérent comme ingrats, du coup, ils ont recours à l’esclavage et importe des populations d’Angola, de Java, de Guinée…
 
            A partir de 1860, l’immigration européenne est prônée par le nouveau gouverneur de la colonie, Simon Van der Stel, est compte transformer cette escale coloniale en une vrai colonie européenne digne de ce nom. Les nouveaux arrivants arrivent d’un peu partout, d’Hollande évidemment, mais aussi d’Allemagne, du Danemark, de Suède, fuyant la Guerre de Trente ans et la misère. La Colonie s’étend donc dans l’espace. En 1688, notons l’arrivée de 180 huguenots français craignant les effets de la révocation de l’édit de Nantes. Toutes ces populations européennes coexiste bien entre elles et s’intègre à l’environnement local.
 
            Au XVIIe siècle, la colonie est fondée sur l’ordre, hiérarchisée verticalement avec à la tête, les fonctionnaires de la VOC, puis les Burghers[6], les esclaves, et enfin les « étrangers » soit les indigènes. Toutefois, la VOC n’instaure pas de distinction juridique pour distinguer ce qu’est un citoyen libre ou un esclave affranchi. Ceci démontre donc que la couleur de peau n’est pas (encore) un facteur déterminant la place de l’individu dans la société. Pour l’instant, le clivage se fait entre chrétien et athée, et entre homme libre et esclave. Un esclave émancipé peut, officiellement, occuper les mêmes fonctions qu’un Blanc, à condition qu’il soit bien sûr baptisé. Reste que les baptêmes sont rares et que les pasteurs luthériens ne se sentent apparemment l’âme de missionnaires… Première discrimination indirecte ?
           
            Les européennes n’étant semble-t-il pas très motivées à l’idée de venir s’installer dans ce coin du globe, les colons s’entichent de femmes Khoikhois, et la VOC s’accommode très bien du métissage qui en résulte. Mais le nombre de ces « Métis du Cap »[7] augmente significativement pour instaurer une certaine inquiétude chez les autorités. C’est ainsi qu’en 1678, un édit décrète que « des relations trop intimes entre Européens et indigènes sont une disgrâce pour les Pays-Bas et les nations chrétiennes ». Toujours dans le même esprit, en 1685, le commissaire général de la colonie, Mr Van Rheede Tot Drakenstein interdit les mariages mixtes, considérés comme un péché.
 
            Sans parler de l’agitation politique qui entoure la colonie au début du XVIIIe siècle[8], les colons s’enracinent et commencent réellement à se sentir africains. Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les fermes familiales pour s’implanter toujours plus à l’intérieure des terres, s’éloignant également ainsi des contraintes imposés par la VOC, et s’active à l’élevage extensif. Ces colons sont désormais appeler les Trekboers. A cause de leurs expansions, il se retrouvent à nouveau confronter aux Khoikhois et surtout au fier peuple chasseur San. Les escarmouches sont nombreuses. Les Trekboers s’organisent en commandos et multiplient les attaques punitives et meurtrières. La variole importée d’Europe fera le reste… C’est grâce à eux que va se répandre l’usage de l’ « afrikaans »[9]. Les Trekboers vont de plus en plus s’isolés et n’auront comme seul allié la Bible. Pratiquant un calvinisme austère, ils développent une sorte de « mystique » de la race, convaincus que Dieu leur à confié pour Mission d’ « apporter les lumières de la civilisation en Afrique ». Ils seront dès lors fidèles à ce « commandement divin ». Les Trekboers continuent leurs expansions, et se retrouve encore un conflit contre un peuple, les Xhosa, équivalent africain des Trekboers eux-mêmes, le climat, variable, restera toujours relativement tendu.
 
            En 1795, l’Angleterre prend le contrôle du Cap et sa région, sans rentrer dans les détails, ce changement ne perturbe pas outre mesures les colons installés, Londres étant apparemment plus libéral que l’autorité antérieure. Au début du XIXe siècle, l’influence des idéaux de la Révolution française et des pasteurs méthodistes pose la question de l’Homme de couleur. Ainsi, en 1807, l’Angleterre interdit le commerce des esclaves dans l’Empire, et parallèlement, les autorités coloniales adoptent des mesures en faveur des Khoikhois et des esclaves dont la situation est jugée inacceptable par les pasteurs de la London Missionary Society. L’autorité coloniale créa même des missions pour les Khoikhois et les Xhosas. Le révérend en place dans la colonie, Johannes Van der Kemp et son collaborateur James Read dénonceront constamment les conditions misérables des Noirs. Ils iront jusqu’à émettre en 1811 des rapports contre certaines familles Boers accusées de faits répréhensible envers les personnes de couleurs, amenant l’établissement d’une Cour itinérante de Justice. Très vite, cela va cristalliser les rancoeurs des Boers, qui interpréteront ses actions comme de l’hostilité systématique et un grave préjudice. En 1815 des affrontements éclatent[10]. En 1828, les Britanniques promulguent la « cinquantième ordonnance » qui reconnaît la totale égalité juridique entre les Khoikhois et les Blancs, et le droit à la propriété des Noirs. Mieux, en 1833, l’abolition de l’esclavage est officielle dans tout l’Empire Britannique. L’Empire prévoit des compensations pour les propriétaires des 40 000 esclaves désormais affranchis, mais les Trekboers ne l’entendent pas de cette oreille et considère cet acte « libéral » comme un atteinte à l’ordre divin. De plus en plus colons débarquent sur la colonie, et migrent vers l’Est, augmentant les conflits avec les Xhosas. Les Britanniques, ne voulant pas d’une énième guerre inutile, refuse de soumettre les Xhosas au grand damne des Trekboers. La guerre éclate malgré tout en 1835, les Britanniques interviennent et rétablissent les frontières d’origine. Cette décision provoque la colère des Boers, jugeant la politique britannique comme « négrophile ».
 
            La contestation Boers devenant de plus en plus important, ils cherchent à s’émanciper de la domination de Londres. En 1832, le Docteur Andrew Smith entreprend un voyage d’exploration au Natal, vers le Nord et l’Est, et présente la région comme un lieu fort hospitalier créant ainsi dans la tête des Trekboers le mythe d’une terre promise retrouvée. En 1835, les premiers départs s’organisent vers la région, c’est qu’on appela le Grand Trek. Malgré des débuts plutôt rudes, les Boers s’accrochent et continue d’affluer en 1836 et 1837. Cet établissement se fait au détriment, évidemment, de populations indigènes déjà sur place, comme les Zoulous, les Tsongas, ou les Sotho. L’histoire s’écrit donc encore en lettre de sang… les Boers, enfilant les victoires, se croient jouir d’une bénédiction divine afin de réaliser leur œuvre. Les Boers s’organisent et installe leur propre autorité, ce qui bien sûr, n’est pas du goût de la couronne britannique…En 1842 commence la première guerre des Boers, les anglais remportent la victoire et réinstaure leur autorité. Toutefois, en 1853, les Boers et les anglais se rencontrent et signent l’acte d’indépendance du Transvaal[11], région situé en amont du Natal. En Février 1854, la convention Bloemfontein reconnaît l’indépendance de l’Etat libre d’Orange. Les Boers ont donc le champ libre…
 
2.      Les boers et le temps du « nationalisme ».
 
Les républiques Boers sont donc instaurées. Elles s’inspirent largement de la tradition des colons, à savoir l’usage exclusif de néerlandais dans les textes officiels et de l’afrikaans dans le langage courant. Le calvinisme est consacré religion d’Etat. Le droit de vote, contrairement ce qui avait cours sous la domination britannique, est réservé aux seuls Blancs. Ainsi, l’article neuf de la constitution du Transvaal[12] stipule que « la nation ne reconnaît aucune égalité  entre les Blancs et les indigènes », tandis que, dans celle de l’Etat libre d’Orange, l’article premier de la constitution précise que « seuls les Blancs son citoyens de la République ». La tolérance britannique n’a donc en rien permis d’ « arrondir les angles », au contraire, elle fut à la source d’une frustration, avec ceci pour conséquence…
 
            Les nouvelles terres à disposition des Boers[13] permettent l’expérimentation du principe de « différenciation naturelle » des êtres humains, conformément à leurs interprétations de la Bible. Ces républiques restent au demeurant des Etats fragiles, politiquement instables et économiquement arriérés. Le nombre d’habitant Blanc s’élève à 45 000, alors que la Province du Cap, toujours sous domination de Londres en compte 200 000. Mais en 1869, un berger découvre dans la vallée du Vaal[14], l’ « étoile de l’Afrique du Sud », un superbe diamant. Aussitôt, les prospecteurs affluent de tous les points cardinaux et creusent d’immenses carrières. Immédiatement, les jeunes « républiques » Boers revendiquent leurs souverainetés sur les gisements.
 
            Les Britanniques jouent de malice pour dans un premier temps aller dans le sens des Boers, mais l’arrivée du Premier Ministre Disraeli en 1871, durcit considérablement la politique colonial britannique et réaffirme l’impérialisme de Londres, toutes le terres pouvant être dominées, doivent l’être, ceci visent donc les faibles républiques Boers. Londres annexe ces républiques, de toute façon usées par les conflits répétés avec ses voisins africains et les Boers n’offre aucune résistance au retour de la domination britannique. En 1877, l’obstacle majeur au projet britannique de créer une Fédération sud-africaine est la persistance du royaume zoulou. Londres décide donc de l’abattre. Le 9 Janvier 1879, Londres avait adressé un Ultimatum qui expira. Le 10, l’armée anglaise forte de 5 000 soldats, est convaincue de sa supériorité… Mais l’armée impi (soit zoulou) composée de 20 000 hommes n’a pas dis son dernier mot, des erreurs stratégiques, et le manque de munition, feront que le 22 Janviers, lors de la bataille finale, les anglais se feront massacrés par les zoulous. Le plus grave revers de l’histoire coloniale anglaise venait d’avoir lieu. Humiliés, les Britanniques organisant leur vengeance en Mars de la même année, et cette fois l’histoire ne se répète pas, les Zoulous sont soumis et annexer à l’Empire Britannique.
           
            Après cette guerre, les Boers réclament à nouveau le recouvrement de leur indépendance. Devant le refus de Londres, les Boers entame une deuxième guerre contre la Couronne et défait les anglais. Après ce revers, Londres décide de se désengager et signe la convention de Pretoria qui reconnaît une nouvelle fois l’indépendance du Transvaal. Après le diamant, des prospecteurs découvrent d’énormes gisements d’or… Une nouvelle fois, c’est la ruée. En 1887, 7 000 personnes sont venues pour simplement creuser dans l’espoir de voir la pierre soleil. En une dizaine d’année, Johannesburg compte près de 100 000 habitants. La grande partie des prospecteurs anglais présent sur place sont considérés par les Boers comme des citoyens de deuxième catégories, subissant de lourdes taxes et se heurtant au refus des autorités Boers de leurs données des droits qu’ils revendiquent.
 
A la fin des années 1880, l’impérialisme européen reprend de l’envergure. Les Anglais rêvent d’une Afrique s’étendant du Caire au Cap, les Allemands d’une MittleAfrika, et les Portugais d’un axe est-ouest pour relier l’Angola au Mozambique. Les Anglais annexent tout ce qui peut encore l’être, le jeune Etat Boers se retrouvent encerclés et cherchent le soutient des Allemands. En 1890, le célèbre impérialiste, Cecil Rhodes, devient Premier Ministre du Cap. Soutenu sans faille par Londres, il tente un coup de force contre la république du Transvaal. Le 29 décembre 1895, 600 britanniques pénètrent le territoire, mais le coup d’Etat est avorté grâce à l’intervention des commandos Boers. Rhodes, désavoué par son Ministre, démissionne. Il est remplacé par Sir Alfred Milner qui est bien décidé à venger Rhodes. Les Boers, loin d’être naïfs, se préparent à la guerre et achètent des armes aux Allemands et aux Français. En Mai 1899, une rencontre entre dirigeants a lieu, le Transvaal est persuadé qu’il est soutenu par l’Europe continentale, et décide donc de ne rien céder aux Britanniques… Ceci irrita Milner qui chercha directement l’affrontement pour corriger ce « petit peuple arrogant » qui défie depuis trop longtemps le Grand Empire Britannique. Le 11 Octobre 1899, la Guerre éclate sous l’initiative du Transvaal. Les Boers dominent le « jeu », mais l’effet de surprise passé, les généraux Boers sont incapables de profiter de leurs succès et permettent aux Anglais de se ressaisir. Le 5 Juin 1900, l’ « Union Jack » flotte sur Pretoria. Les Boers se lancent donc une rude épreuve de guérilla contre les Britanniques, qui sera vaine au final. Le 31 Mai 1902, la paix est signée à Vereeniging (petite ville minière du Transvaal)
 
Vaincus, ruinés et honteux, les Afrikaners sont laissés à l’abandon au lendemain de la Guerre. Les deux anciennes républiques (Transvaal et Orange) ont été ravagées. Mais paradoxalement, la haine s’estompe pour laisser place à une volonté de coopération avec les Britanniques. Londres, beau prince, multiplie les signes d’ouverture envers les Afrikaners et reconstruit les régions Boers dévastées. A partir de 1904, les Afrikaners retrouvent leur vitalité politique. Un grand débat débute quant à la nature de l’Etat Sud Africain à bâtir, au final, il sera un Etat unitaire, où les quatre provinces qui le composent auront une large autonomie, et malgré les oppositions britanniques, les Boers parviennent à préserver l’application de leurs lois martiales dans les provinces Boers. Le 31 Mai 1910, l’Union Sud-africainen est proclamée.
           
Avec la fin de la guerre des Boers et la défaite de ces derniers, les Noirs, qui composent la grande partie de la population (3,7 millions de Noirs, 1,1 millions de Blancs, 500 000 métisses et 100 000 indiens), espéraient que le libéralisme du Cap s’étendrait à toute l’Union… Ils seront amèrement déçus, car Londres, qui veut avant tout tourner la page de la guerre avec les Boers, ne se préoccupent absolument pas du sort des Noirs. C’est à partir de cette période que la résistance noire s’organise, avec l’établissement en 1923 de l’African National Congress (ANC) qui joue depuis un rôle primordial, mais ce n’est pas notre propos.
Le Vendredi 20 Juin 1913, l’indigné d’Afrique du Sud se retrouve « non pas tant un esclave, que paria sur sa terre natale »[15]. C’est en effet à cette date qu’est promulgué le Native Land Act (loi sur les terres indigènes) qui confine la population noire sur seulement 7,3% du territoire. Cette loi a des effets désastreux et produit de fort mouvement de population, où les noirs se retrouvent sous la coupe des compagnies minières qui les exploitent à moindre coût.
 
A la même époque, les Indiens[16] commencent aux aussi a avoir quelques revendications. En 1893, alors que le racisme anti-indien prospère, la communauté indienne fondre le Natal Indian Congress en 1894 (grâce au concours de Mohandas Gandhi, jeune avocat venu défendre « ses frères »). Ce congrès se fixe comme objectif la reconnaissance des droits civiques et l’amélioration de la condition morale des Indiens, mais cela aussi, c’est encore une autre histoire.
 
            La Première Guerre mondiale a bien sûr concerné l’Afrique du Sud, sans parler des tensions politiques que cela a engendré, 60 000 africains sont partis aux combats, et en sont revenus sans médailles ni honneur, mais avec toutefois le souvenir de la fraternité sur le front entre les Blancs et les Noirs… Ensuite, la crise de 1920 touche de plein fouet l’Afrique du Sud, et le chômage frappe sans distinctions les Blancs et les Noirs. D’autant plus que face aux revendications noires, le pouvoir rétorque par la violence et accentue la ségrégation raciale. Par exemple, les pass[17] sont instauré en 1918, et tout Africain doit l’avoir sur lui. Les tensions croissent, et en 1919, tragédie de Bulhoek où l’armée massacre 171 membres d’une « secte » israélite qui refusaient de quitter des terres occupées illégalement. Face à la crise économique donc, les blancs sont envoyés au final au chômage, et comme il faut quand même faire tourner l’économie, les industriels emploient des Noirs au salaires quatre fois moins élevés, créant encore un peu plus un sentiment de frustration chez les Blancs… L’épreuve de force se profile encore un peu plus… En 1924, les Afrikaners remportent les élections, au bénéfice de leur alliance avec les travaillistes anglophones. Ils prennent ainsi leur revanche sur l’Histoire.
 
            Nouveau Premier Ministre, James Hertzog devient alors la figure emblématique du « nationalisme afrikaans » triomphant. Sa priorité et de sortir les « petits » Blancs de la misère. En 1924, ils sont 160 000 à « avoir des conditions de vie inappropriées pour une vie civilisée » (il faut comprendre par là qu’ils vivent comme des Africains, voir moins bien (sic !)). Hertzog agit donc par un renforcement de la ségrégation raciale, le principe des emplois réservés est élargit à l’industrie et au commerce, les derniers droits politiques des Noirs sont abrogés au Cap, et la ségrégation territoriale est « optimisée » sur tout le territoire. Mais Hertzog déçoit les Afrikaners quant à sa volonté d’aller vers l’indépendance et semble se contenter des avantages concédés par Londres lors de la Conférence Impériale de 1931. Mais cette même année, l’impact de la crise de 1929 touche l’Afrique du Sud, avec les mêmes conséquences que celle de 1920. Hertzog est incapable de faire face à la crise. Du coup, les nationalistes extrémistes, se sentant trahis, fondent le Parti national « purifié » en 1934 avec Daniel Malan à sa tête…
C’est à partir de là que s’élabore l’idéologie du national-christianisme et son corollaire, l’Apartheid… Tout ceci dans l’optique de faire face au « Péril Noir ». Après la parenthèse de la Seconde Guerre Mondiale, Daniel Malan multiplie les discours vociférants contre les Noirs, en 1948, il remporte les élections lui permettant d’ériger le racisme au rang d’institution.
 

[1] : Steppe d’Afrique du Sud.
[2] : Ecrivain Sud-africain (1903-1988), considéré comme un Blanc libéral, a sorti en 1948 un livre fondateur « Pleure ô pays bien aimé », le premier d’une longue liste, qui malgrè toutes les critiques endurées, dénonçait le traitement inacceptable fait aux peuples de couleurs et lançais un vibrant appel à la réconciliation entre les « races ».
[3] : Mot d’origine néerlandaise signifiant « séparation ».
[4] : Il faut bien noter, que contrairement à certaines idées reçues, que le régime d’Apartheid ne concernait pas que les noirs, mais bel et bien toutes les personnes non blanches, qu’elles soient noires, indiennes, chinoises, ou autres. La distinction des métisses se faisait de manière tout à fait arbitraire. Pour savoir si la personne étaient considéré comme blanche ou non, on passait un peigne dans les cheveux, et si le peigne coiffait sans résistance, la personne était considérée comment blanche, sinon… non !L’absurdité du système peut déjà se résumer ainsi.
[5] : Petit ouvrage de verre colorié et travaillé agrémentant bijoux et autres ornements.
[6] : Terme désignant les colons.
[7] : Ces métis sont appelés les « Kaapleurige »
[8] : Le nouveau gouverneur, Adriaan Van Der Stel est avide, et s’enrichit au détriment de toute la colonie, déclenchant la colère des Burghers.
[9] : Dialecte inventé par les Métis du Cap et les esclaves, mélange de hollandais, de créoles portugais et de khoikhoi, l’une des nombreuses langue officielle de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui.
[10] Affaire Bezuindenhout, un Trekboer inculpé d’avoir maltraité un Khoikhoi, il refusa de se rendre au Tribunal. Arrêté, il résiste et meurt aux cours de l’échauffourée. Son frère cherchera à se venger en déclenchant un soulèvement, qui sera réprimé, fournissant ainsi aux boers ses premiers martyrs.
[11] : Avec pour la capitale… Pretoria en hommage à Andries Pretorius, un des principaux héros du Grand Trek.
[12] : Vous trouverez en Annexe, des cartes permettant de visualiser toutes ces régions au sein de l’Afrique Australe.
[13] : Ces boers, issus de la migration du Grand Trek, sont appelés les « Voortrekkers ».
[14] : Nom du fleuve de la région.
[15] : Termes utilisés par Sol Plaatje.
[16] : A partir de 1860, les Anglais avaient fait venir des milliers d’Indiens sous contrat, pour travailler dans les plantations de Cannes à sucre.
[17] : Document étant à la fois une pièce d’identité et un livret de travail.
B.      L’instauration de l’Apartheid[1]
 
 
            Un rapport du Parti national datant de 1947 énonce ce qui suit :
 
-          « L’apartheid dérive de l’expérience des Blancs établis dans le pays. C’est une politique qui est en harmonie avec les principes chrétiens de justice et d’équité, et qui se donne pour objectif de préserver l’identité des peuples indigènes en tant que groupes raciaux séparés, de leur offrir la possibilité de se développer en ensembles nationaux autonomes et de stimuler la naissance d’une conscience nationale. »
 
Ceci justifie l’approche historique précédente, il était indispensable de comprendre d’où tout cela venait pour appréhender l’apartheid en tant que tel.
 
1.      Le pays de l’ « Homme Blanc ».
 
L’élection (où seuls votaient les blancs) de 1948 amena donc Malan au pouvoir. Le Parti, avec « son » apartheid avait élaboré un projet de ségrégation totale consistant à institutionnalise la ségrégation. En 1950, le Premier Ministre Malan nomme le Dr Hendrik Verwoerd[2] ministre des Affaires indigènes, avec pour mission de mettre en pratique les deux principes fondamentaux du Parti national, à savoir :
 
-          Arrêter la dangereuse revendication d’égalité raciale qui s’était manifestée sous les gouvernements précédents.
-           Promouvoir le « développement séparés ».
 
            L’apartheid alors prôné par les politiques au pouvoir, repose sur l’idée de la supériorité de la « race blanche », ni plus, ni moins, et sur une anthropologie culturaliste qui assigne les Africains à un stade inférieur du développement humain. L’idéologie en vogue, donc, reprenait bien des concepts du national socialisme allemand, tout en prenant le soin de les teinter tant bien que mal de christianisme et d’un coté scientifique avec les « connaissances » anthropologiques de jadis.
 
            Précédée d’un grand travail de classification raciale de la population Sud-africaine, via le Population Registration Act de 1950. Cette séparation devait se traduire aussi bien spatialement (avec la notion de « Grand Apartheid ») que dans la vie de tous les jours (soit le « petty[3] Apartheid). Verwoerd transformait les réserves et autres tribal aras établies par les Britanniques par des « Bantoustans », territoire autonome gérés par des chefferies, ayant pour but de rendre les Noirs étrangers à leur propre pays. Il s’attelait aussi à la désimbrication des groupes raciaux en zone urbaine. En 1959, le gouvernement a définit les huit peuples africains qui devaient avoir leur « propre territoire », les Sothos du Nord et du Sud, les Xhosas, les Tswanas, les Zoulous, les Vendas, les Tsongas et les Swazis, afin de mener au mieux leurs développements séparés. Pour donner corps au Grand Apartheid, le gouvernement organisa de grand déplacement de population entre 1960 et 1980, en déplaçant près de deux millions de personnes.
 
 
            Concernant les villes, le Group Aera Act de 1950, réorganisa l’espace urbain selon le principe de la séparation des « races », se résumant à l’expulsion des non-Européens des centres villes et leur réinstallation à la périphérie urbaine. La présence des noirs non natif de la ville est limité, sur permission, à 72 heures. La ville demeurant un espace de coexistence racial obligée, le « petty Apartheid » se développa avec des espaces pour les européens et les non-Européens[4]. La séparation raciale s’étendit jusqu’en dans le vie privée avec l’interdiction de toutes relations sexuelles entre groupes raciales distincts et bien sûr de tout mariages entre ces mêmes groupes. Les seuls contacts mixtes qui sont tolérés sont professionnels, et traduisent toujours un rapport de « maître à esclave ».
 
            En 1958, Verwoerd devient Premier ministre. Il va accomplir l’ultime destinée des Afrikaners, l’acquisition de l’indépendance. Il organise pour se faire un référendum le 5 Mars 1960, et grâce au soutient des populations anglophones (en plus des Afrikaners), la victoire est aux partisans de la « république ». En Mars 1961, l’Afrique du Sud annonce son retrait du Commonwealth, et le 31 Mai, la république Sud-africaine est officiellement proclamée. Le 21 Mars 1960 à Sharpeville, la police tire sur une foule de 5 000 personnes, tuant 69 manifestants. La violence s’exacerbe.
 
L’apartheid institua donc un cloisonnement racial multiforme qui allait, pour caricaturer à peine, des trottoirs à utiliser, jusqu’à l’enseignement[5], en passant par le contrôle des mouvements des non-Blancs, vers, justement, les zones blanches[6]. On peut donc constater qu’il forma au cours des années 1950 et 1960 un véritable corpus législatif, avec toute la densité requise, qui nécessita une bureaucratie et une police très importante, et malheureusement fortement sollicitées.
 
            En 1962, le gouvernement promulgue une série de lois qui réforme le droit pénal général. Le délit de sabotage est passible de la peine de mort. En 1963, la police voit ses pouvoirs accrus. En effet, les périodes de gardes à vue et de confinement solitaires sans jugement passent de douze jours en 1962 à quatre-vingt dix jours en 1963, à cent quatre-vingt jours en 1965 et même pour une durée illimitée, sous couvert de l’appréciation d’un juge, en 1966. En 1967, la loi sur le terrorisme est promulgué est surpasse de loi toutes les lois sécuritaires précédentes. La définition du terrorisme, vague et ambiguë permet de fait d’interdire et de sanctionner toute activité susceptible de remettre en cause l’ordre établit.
 
            En 1976, le pouvoir Afrikaners impose aux élèves noirs l’usage de l’Afrikaans dans l’enseignement des matières scientifiques. La jeunesse des townships se mobilise pour résister. Mais le 16 Juin, à Soweto, la police ouvre le feu pour disperser une manifestation d’adolescent. Hector Peterson, un jeune Noir de treize ans, est assassiné. Il restera le symbole de l’enfance liquidée. Le Premier ministre Vorster, qui a remplacé Verwoerd assassiné en 1966, appelle les Blancs à serrer les rangs pour faire face aux hostilités qui surgissent à tous les niveaux. A la fin 1976, 4 000 personnes sont arrêtés et condamnés. Entre Mars 1976, et Novembre 1977, près de 90 détenus périssent en Prison. La répression extrêmement brutale fait près de 1 500 victimes. En 1977, les journalistes sont interpellés, les journaux censurés ou interdits. Les bannissements, assignations à résidence, châtiments corporels et autres exécutions capitales se multiplient. Le pays s’enfonce « au plus noir de la nuit » que s’incarne par un militarisation croissante de la société sud-africaine.
 
            En 1978, Pierre Botha devient Premier ministre… Le 21 Mars 1985, jour du vingt-cinquième anniversaire du massacre de Sharpeville, la police tire sur la foule et fait 19 morts… Mais Botha, pourtant un pur produit de l’école Afrikaners, se veut pragmatique, et propose de libérer Nelson Mandela pour apaiser la crise (sachant qu’il est détenu depuis 1964) et veut assouplir l’apartheid… C’est le début de la fin pour ce régime, mais c’est un autre débat, un autre espoir…
 
2.      Si Dieu est blanc, le diable est de quelle couleur ?
 
            Cette partie a une vocation pédagogique pour illustrer qu’après le nazisme, l’Humanité avait encore d’autres flèches empoissonnées à son arc… et que les séquelles restent…
 
            La première illustration de ce qu’a été en partie l’Apartheid repose sur les expériences scientifiques qu’on peut qualifier de « diabolique » et qui ont eu cours sous le régime d’Apartheid. Le pouvoir en place avait en outre, donc, mobilisé des chercheurs et des scientifiques pour éradiquer la présence des Noirs en Afrique du Sud. Wouter Basson, un cardiologue de l’armée Sud-africaine et ancien médecin personnel de Bertrand Botha, était chargé du programme chimique et bactériologique du régime.
 
            Ce programme avait de nombreux buts. Les chercheurs avaient envisagé la production de mixtures destinées à stériliser les Noirs, et à favoriser l’apparition de cancers et de maladies cardio-vasculaires. Le principal objectif de Basson était de préparer Pretoria à une apocalypse chimique. Pendant ses heures libres, l’équipe de Basson complotait pour répandre du Mandrax[7] et d’autres drogues dans les ghettos d’Afrique du Sud afin de soumettre l’ennemi.
 
            Eugene de Kock, le tueur le plus célèbre de toute l’Afrique du Sud, a raconté comment son supérieur l’avait informé que les scientifiques développaient une pilule transformant les Blancs en Noirs afin d’infiltrer l’ennemi, mais également une pilule inverse, transformant les Noirs en Blancs, réglant ainsi le plus simplement du monde, les soucis en Afrique du Sud vis-à-vis du racisme. De Kock a également mentionné l’existence d’une recherche afin de produire des tee-shirts empoisonnés, conçus pour tuer par arrêt cardiaque les personnes qui les portaient. Les tee-shirts ont été réalisé, mais les policiers devant les distribués se sont « dégonflés » (officiellement).
 
            Ils ont aussi travaillé à l’amélioration de fils barbelés en y ajoutant l’électricité, en plus d’être tranchant comme des rasoirs, il devait être chargé 24 heures sur 24 à 3 500 volts, largement suffisant pour tuer un homme. Installé dans les années quatre-vingts, ce système aurait tués plus de clandestin que le mur de Berlin, sur une période pourtant bien plus courte. Il ne faut également pas oublier, que le pouvoir d’antan avait développé un programme nucléaire, le Plan Pelindaba, qui a produit 7 bombes nucléaires, aujourd’hui détruite. Tout ceci reste assez terrifiant et démontre ce qu’il peut y avoir de pire dans la nature humaine… D’autant plus qu’il reste peut être des découvertes à faire… Qui sait ?
 
            La deuxième illustration concerne la criminalité, avec en moyenne 2 500 morts par an, l’Afrique du Sud a connu l’un des plus hauts taux de criminalité au monde. L’urbanisation anarchique, l’éclatement de la cellule familiale, la prolifération des armes à feu et les trafics en tout genre à instaurer une violence criminelle qui a remplacé la violence politique. Cela peut être vu comme un héritage de l’Apartheid.
 
            Pour certains, et comme nous l’avons (en partie) constaté, à l’instar des Etats-Unis d’Amérique, l’Afrique du Sud a construit toute son histoire sur la violence. L’Afrique du Sud d’aujourd’hui, car c’est bien d’elle qu’on parle, doit faire face à une criminalité hors norme, et c’est un problème capital à régler. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’Afrikaners revanchard d’un passé perdu, et encore moins d’une vengeance des Noirs envers les Blancs. En effet, on note que les violences concernent surtout les non-Blancs entre eux. Car face à la défaillance de l’Etat dans certains domaines, la logique veut que l’on ait recourt à la justice populaire, pratique de plus en plus courantes. Ils s’organisent donc des sortes de milices ayant pour but de faire respecter, si l’Etat ne le fait pas, leurs propres visions du Bien et du Mal qu’il y a dans la société Sud-africaine…
 
Les causes de cette criminalité peuvent être multiples , mais ceci démontre encore une fois, faut-il le rappeler, l’importance du passé, l’héritage de l’Histoire, et les séquelles d’une nation qui a beaucoup saignée…
 

[1] : La liste des différentes lois relatives à l’Apartheid, sont présentes dans l’Annexe.
[2] : Il deviendra Premier ministre de 1958 à 1966.
[3] : Petty signifie en anglais, mesquin ou insignifiant.
[4] : Ainsi, le Separate Amenities Act concernait les bancs publics, terrains de sports, transports, plages, toilettes…
[5] : Aspect que nous développerons dans la seconde partie.
[6] : Incarné par le fameux influx control.
[7] : Effets de cette drogue ; Ralentissement de l'activité du système nerveux central. À dose réduite, ces substances soulagent la tension, mais une dose importante produit une démarche chancelante, une vision brouillée, une désorientation, une mauvaise articulation, une altération des perceptions spatio-temporelles, un ralentissement des réflexes et du rythme respiratoire, une sensibilité réduite à la douleur. Des doses excessives peuvent entraîner une perte de conscience, le coma et la mort.
II.      L’éducation Bantou dans la République Sud-Africaine.
 
            Cette partie, se veut comme l’illustration précise d’une politique d’Apartheid, celle de l’éducation réservés aux populations non-Européennes. Cette « analyse » permet de mettre en perspective les tenants et aboutissants de l’Apartheid, on y décèle clairement l’esprit de qui nous permet de comprendre pourquoi tout cela.
 
Rappellons le, tout l’ensemble du système colonialiste, de discrimination raciale et d’exploitation économique, réside dans ce refus de permettre aux Africains d’entrer dans le même autobus, le même parc ou la même église qu’un Européen. Ce système enlève aux Africains la terre qui est la leur et le fruit de leur travail, elle les oblige à vivre dans la pauvreté, la misère, la maladie, les prive d’instruction, de formation intellectuelle et technique, les fait s’entasser dans des taudis, leur ôte toute espèce de liberté d’expression et de libertés démocratiques. Car en un mot comme en cent, le principal but que poursuivent les colons en appliquant la ségrégation, c’est l’exploitation économique des paysans et des classes laborieuses.
 
 
A.      Les lois sur l’éducation Bantou.
 
 
L’ancien Premier Ministre de l’Union Sud‑Africaine, J.G. Strijdem, déclarait en 1953:
«Les Européens doivent tenir bon et rester les maîtres (sans) de l’Afrique du Sud: telle est notre politique. Si nous rejetons l’idée des Afrikanders et le principe que le Blanc ne peut demeurer le maître, si le droit de vote doit être accordé aussi aux non‑Européens, et si les non‑Européens obtiennent avec leur bulletin de vote d’être représentés, comment l’Européen pourra‑t‑il rester le maître? A notre avis, le Blanc doit conserver, dans tous les domaines, le droit de gouverner le pays et d’en rester le ».
 
1.      Le « Baasskap[1] » et l’éducation « nationale chrétienne ».
            En 1939, l’Institut d’éducation nationale‑chrétienne fut fondé en vue de rechercher une politique d’éducation pour l’Afrique du Sud, susceptible d’être acceptée par les Afrikaners. La politique élaborée prescrivait: «Chaque sujet doit être instruit à la lumière de la Parole de Dieu, c’est‑à‑dire, des principes appropriés de la Sainte Ecriture (en d’autres termes, selon les dogmes et les traditions des Eglises Calvinistes Hollandaises d’Afrique du Sud). Et plus loin: «Si le maître n’est pas chrétien, il représente pour nous un danger mortel». Pour l’enseignement supérieur, il est prescrit ce qui suit: «On devra enseigner et mettre en pratique la doctrine et la philosophie chrétiennes... Le corps enseignant des Universités devra être formé de savants nationaux‑chrétiens convaincus».
L’abandon de l’anglais, poursuivi d’arrache‑pied, constitue un élément capital afin de s’assurer la mainmise sur l’Africain et son exploitation. L’emploi de l’Afrikaners et des langues tribales, comme le veut le système Bantou, marque une régression, car ces langues sont moins articulées que l’anglais et donc peu aptes à exprimer les idées compliquées de la culture contemporaine. D’une certaine manière, la langue est véritablement l’instrument de la culture, et le retour à ces langues locales les met précisément sur un pied d’égalité avec le grossier «toolo» que les Bantous sont autorisés à employer. Cette disparition voulant la marginalisation de l’anglais indique clairement la culture que l’on a choisie d’adoptée, et de fait, la langue se trouve être l’un des enjeux de la lutte. Car sans communication, aucune action possible.
La loi de 1953 sur l’éducation des Bantous est donc destinée à préparer les Africains à former une communauté bantoue séparée. La loi de 1951 sur les autorités bantoues vise en plein XXe siècle à recréer le système tribal. Les 12 millions d’Africains qui habitent dans les Réserves doivent donc être soumis à un remaniement et être ré‑installés en tenant compte de leur groupe ethnique: Xhosa, Zoulou, Sotho, Pondo, Fingo, etc (comme nous l’avons vu précédement). Chaque village sera transformé en communauté bantoue, avec un chef nommé par le gouvernement et constituant une autorité bantoue. Le grotesque de ce titre est qu’un grand nombre d’Africains ne connaissent même pas la langue de la tribu à laquelle leurs ancêtres appartenaient ni aucun des anciens rites qui y étaient associés. En clair, les Africains doivent être déversés dans des camps où ils vivent en vendant leur potentiel de travail à bon marché.
C’est aux chefs de police Noirs que revient la tâche de faire observer ces lois draconiennes. Verwoerd vise à créer une communauté sans défense et privée de tous ses droits, y compris le droit de vote, et servant uniquement de réservoir disponisble en guise de main‑d’oeuvre bon marché. Il est intéressant de remarquer qu’environ 60% de la main‑d’oeuvre employée dans les mines d’or provient de pays africains étrangers. Le Dr. Margaret Read note: «La principale exportation du Nyassaland au cours des 50 dernières années a été des hommes». Plus de 40.000 d’entre eux sont employés dans la république Sud‑africaine. En Janvier 1960, 429 Africains ont perdu la vie dans le terrible désastre minier de Coalbrook. Parmi eux se trouvaient seulement deux habitants de l’Afrique du Sud. Les autres venaient, pour une moitié, du Mozambique, et pour l’autre moitié, du Basutoland. En 1954, il y avait dans l’Union 173.000 travailleurs provenant de l’Afrique orientale portugaise. Ces gens‑là n’avaient pas d’assurance permanente, ni pour eux, ni pour leurs familles. L’Africain vit avec un pied dans l’endroit où il travaille et l’autre dans sa Réserve.
 
 
2.      L’éducation Bantou, un instrument d’esclavage.
 
La république actuelle «née en mai 1961, a pris à charge d’exclure tous les non‑Blancs de toute participation à la vie politique et de reléguer les Bantous dans des zones séparées, où l’on pense vaguement qu’ils formeront un jour des nations séparées». Avec ce système, les non‑Blancs ne tarderont pas à devenir de véritables ilotes[2]. Les écoles et les universités ne sont plus des centres d’éducation mais d’endoctrinement, destinés à faire accepter docilement l’esclavage. Il est de plus en plus clair que «l’éducation des Bantous» se propose d’ôter à l’Africain une véritable éducation, de le couper du grand courant de la culture moderne et du progrès intellectuel et de l’enfermer dans un ghetto spirituel. Bien que Verwoerd se vante hautement de donner une éducation à un plus grand nombre d’Africains que jamais auparavant, ce qu’il veut en réalité, c’est faire passer les 4/5 de la population aussi rapidement que possible par l’engrenage de son «éducation à l’esclavage», de manière à avoir des esclaves dociles et contents de leur sort. L’éducation des Bantous laisse entrevoir ce que l’on réserve aux 1.500.000 hommes de couleur (sangs mêlès d’Européens et d’Africains) et aux 500.000 Indiens. Dans les projets entièrement mis en oeuvre pour les Africains, ou plutôt pour les Bantous, ils peuvent voir l’image de leur esclavage futur.
Le ministère des Affaires Indigènes contrôle l’éducation, s’occupe de fournir la main‑d’oeuvre africaine à bon marché, dirige l’agriculture, se charge de collecter les impôts sur le revenu, le logement, le travail et par tête, et aussi, entre autres devoirs tyranniques, a celui de faire appliquer les odieuses lois de passage. A propos des impôts, un député au Congrès national africain, Moses Kotane, disait en septembre 1958: «De même que les lois de passage et les réglementations concernant les permis, les impôts appliqués aux Africains ont essentiellement pour but de les contraindre à rester de simples manoeuvres». Le commissaire Noir doit non seulement tirer les charbons du feu en collectant les impôts, mais il doit aussi veiller à l’organisation, à l’administration des écoles locales, et jouer le rôle «d’autorité tribale». Peu importe si le commissaire ne sait ni lire ni écrire son nom, il n’est pas disqualifié pour autant. Il peut tout simplement faire une croix sur un document officiel, étant donné que ce dernier sera signé, dans le rôle de témoin, par l’un des maîtres que lui‑même emploie. On consacre trop de temps dans les écoles à l’enseignement religieux et aux exercices de dévotion. Mais le plus grand nombre d’heures est prévu pour la préparation aux travaux manuels, avec naturellement beaucoup de pratique. Les élèves doivent apprendre à se servir scientifiquement d’un balai, d’une pioche ou d’une pèle et doivent se familiariser avec ces outils afin d’atteindre la plus grande efficacité en vue de leur exploitation future. Des fonctionnaires du ministère des Affaires Indigènes sont en train de rédiger de nouveaux manuels destinés aux écoles bantoues. Les livres scientifiques internationaux ont été mis à l’index. Même les bibliothèques publiques Sud‑africaines sont tombées sous la hache de l’apartheid.
 
B.      L’impact du dispositif.
 
 
1.      Dégradation de l’éducation.
 
Lorsqu’eut été votée la loi sur l’éducation des Bantous, le Comité national africain organisa le boycottage de toutes les écoles. Des milliers d’enfants, en guise de protestation, s’abstinrent d’aller à l’école un certain jour. Le P. Huddleston nous expose les conséquences de ce geste : «Le Dr. Verwoerd prit le parti de regarder le boycottage comme un acte de rébellion. Les 7.000 enfants qui y participèrent ne seraient plus acceptés, leur dit‑on, dans aucune autre école... Les écoles boycottées furent privées de subventions pour le paiement des maîtres et ces derniers perdirent leur place». Ainsi le boycottage est devenu un crime en Afrique du Sud et le petit Africain en est puni de la manière la plus préjudiciable pour lui, en le privant du droit à l’accès au savoir. Tout cela, parce qu’il se trouve mêlé à une protestation contre l’apartheid.
En théorie, tous les petits Africains ont le droit de fréquenter l’école à partir de l’âge de huit/neuf ans, pas plus tôt. Après quatre ans d’école élémentaire, les enfants passent l’examen écrit prescrit par le ministère des Affaires Indigènes. Seulement sont admis à l’école secondaire ceux qui obtiennent la mention très bien. Ceux qui échouent serviront de fourrage au Moloch de la mine. Comme la loi interdit aux Africains tout travail spécialisé à la mine, ces petits demi‑illettrés seront les meilleures recrues pour la main d’oeuvre migratoire. Quatre ans plus tard, les élèves restants doivent passer l’examen écrit équivalant au brevet élémentaire. Ils seront admis, non pas en raison de leur mérite ou de leur intelligence, mais bien plutôt du degré de leur endoctrinement. En outre, ne sera pas admis un nombre d’élèves supérieur au contingent déterminé chaque année. Dans une zone d’inspection, par exemple, sur 1.080 élèves, 118 seulement furent déclarés admis au brevet élémentaire. Pour la grande majorité, c’est la fin de leurs études. Deux ans plus tard, la petite poignée de bacheliers promus à la suite du dernier examen d’école secondaire, ne verront s’ouvrir devant eux, pour y poursuivre leus études, que les portes des « universités tribales».
 
2.      Universités Tribales et échec…
 
Depuis 1960, c’est‑à‑dire l’année où fut adoptée la loi sur la ségrégation dans les universités, Separate University Education Bill, les non‑Européens ne purent plus suivre les cours des deux universités officielles du Cap et de Witwatersrand. Selon Otto Raum, «environ 5 à 6.000 étudiants, dont 10% de non‑Européens suivaient les cours de ces universités en 1960». L’université de Durbanal comptait 1.900 étudiants en 1958. Sur ce nombre, 560 étaient des non‑Européens, principalement des Indiens. On craignit de voir les non‑Européens l’emporter par le nombre sur les Blancs: il fallait donc une université séparée pour résoudre le problème. Fort Hare, fondée en 1917, est le plus ancien Collège universitaire Bantou d’Afrique du Sud. Pour contrôler les cours qu’elle donnait, elle fut affiliée à l’université Rhodes de Grahamstown en 1949. Elle fut alors fréquentée par tous les non‑Européens. Elle eut même des étudiants des deux Rhodésies, du Nyassaland, du Tanganyika, du Kenya et de l’Ouganda. En 1960, elle avait deux facultés, pour les humanités et les sciences naturelles; elle avait des sections indépendantes pour l’éducation, la théologie, les sciences économiques et le droit. Elle comptait environ 400 étudiants. En 1959, le corps professoral comprenait 38 enseignants dont 11 étaient Africains. Avec les changements survenus en 1960, plus d’un maître indésirable fut remercié ou n’eut pas d’autre alternative que de donner sa démission. Le nombre des étudiants diminua également.
Le 1er août 1959, le Collège universitaire de Turfloop de Pietersburg fut fondé pour les tribus Sotho, Venda, Tswana et Herero. En 1962, environ 122 étudiants prirent leur inscription. A Belleville, fut fondé en 1960 le « Bush College» pour les gens de couleur et les Malais. Environ 300 étudiants vinrent s’inscrire. A Empangeni, Zoulouland, le Collège universitaire Ngoyo fut ouvert pour les Zoulous avec seulement 50 étudiants environ. L’université d’Afrique du Sud à Prétoria qui donne même des cours par correspondance comptait 10.459 étudiants en 1960 (dont un cinquième était des non‑Européens). Elle supervise les examens de toutes les universités «tribales». Même l’Université Pie XII de Rome au Basutoland est placée sous sa tutelle. En 1961 le Collège de Rome comptait 170 étudiants dont 76 venaient de la République, 27 du Basutoland lui‑même, et le reste d’autres pays étrangers. Les professeurs, maîtres et étudiants de ces universités tribales ne sont pas autorisés à «propager des idées susceptibles de gêner les activités du Gouvernement» (Separate University Éducation Bill du 15 mars 1957).
 


Conclusion et Ouverture
 
 
 Ce dossier se clôt donc sur cette présentation finale des lois sur l’éducation Bantou. En effet, il savérera que l’éducation des Bantous (à l’instar de tout le régime d’Apartheid), comme tout autre système éducatif, exige certaines conditions pour réussir. Premièrement, elle doit pouvoir être acceptée de ceux à qui elle est destinée. Deuxièmement, elle doit non seulement être présentée comme utile aux étudiants, mais elle doit être considérée comme telle par le peuple. Troisièmement, elle doit être en accord avec les tendances de l’époque en ce qui concerne la culture générale, les idées sociales, économiques et politiques. Ces trois conditions manquent totalement dans le système d’éducation de Verwoerd. II n’est pas un seul secteur de la population africaine qui l’accepte. Les étudiants suivant les cours dans les universités que j’ai citées ne s’y trouvent que parce qu’ils n’ont pas d’autres alternatives, et aussi par « ignorance »et dans le fond parce qu’ils se trouvent devant un dilemme insoluble.
 
Ce rapide tour d’horizon d’une histoire riche, complexe, physique et malgré tout humaine est un préalable indispensable (bien que pas suffisant) à la compréhension du régime d’Apartheid. L’histoire des Boers, car c’est avant tout d’eux qu’il s’agissait, est une histoire extraordinaire de part sa spécificité et son intensité… Sans pour autant nous permettre de juger, ou d’excuser le passé, les éléments décris nous donne l’occasion de mieux comprendre ce qu’il s’est véritablement passé, et pourquoi cela s’est déroulé de cette manière là, et pas autrement. Il était important de, sans faire se l’avocat du diable, voir l’évolution des mentalités Boers, faîte avant tout de frustrations et de peurs…
 
Aujourd’hui, l’Afrique du Sud doit faire face à de nombreux nouveaux défis. L’Apartheid est officiellement abolit depuis 1991. La nation arc-en-ciel[3] tente de se construire, mais le chemin est encore long. Comme l’a montré la Commission Vérité et réconciliation, les tensions qui animent encore la « nation Sud-africaine » reste tenace. Nous voyons bien que les Noirs hésitent entre le pardon, et la vengeance. Le temps, espérons le, est et sera le meilleur allié de ce pays qui peut enfin voir venir l’avenir un peu plus sereinement…
 
Il ne reste plus qu’à la nation arc-en-ciel de s’enraciner dans un socle national Sud-africain commun à affirmer et à entretenir, en espérant que, contrairement à l’arc-en-ciel, l’édifice réalisé avec force grâce aux leçons du passé, ne soit en rien éphémère. Et qu’à l’instar du symbole de l’Afrique du Sud, la fleur Protéa royale, l’espérance qui est né de tant d’épreuve ne fane jamais…
 

[1] : Cette notion induit que l'homme blanc doit toujours être le chef.
[2] : A l’origine, nomdonnéauxesclavesdanslarépubliquedeSparte. Mais dans un sens plus figuré, cela correspond à celuiquiestréduit, dansunesociété, audernierétat d'abjectionou d'ignorance.
[3] : Dans la Bible, Noé affirme que tant qu’il y aura des arc-en-ciel sur terre, Dieu veille sur nous, et que l’Humanité pourra être sauvée…
INTRODUCTION :
 
 
 
Selon le Fonds Monétaire international, l’économie africaine dans son ensemble, même avec les recettes accrues des pays du continent riches en pétrole, enregistre une croissance qui tourne autour de 5,5 %, alors qu’une croissance minimum annuelle du PIB de 7 % est requise dans l’optique de réduire de moitié l'extrême pauvreté d'ici à 2015 des personnes vivant avec moins d’un dollar par jour. Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale a ainsi déclaré : « Il y a 20 ans, il y avait environ 150 millions d’Africains qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté, mais de nos jours, ce chiffre a doublé pour presque atteindre 300 millions. Ainsi, le continent s’est constitué une richesse pétrolière d’environ 500 milliards de dollars américains qui n’a pas profité au peuple ». Nous pouvons donc nous demander si après des décennies de programmes d’aide au développement largement inefficaces pour sortir l’Afrique de la pauvreté, il ne serait pas temps de repenser les stratégies et approches ? Le prix Nobel de la Paix 2006 accordé à Muhammad Yunus donne l’occasion de réfléchir sur ce problème crucial et permet d’envisager le microcrédit comme une chance pour l’Afrique, d’autant plus que la microfinance est un concept de plus en plus prôné sur la scène internationale. A titre d’exemple, les Nations Unies ont décrété en 2005 l’année internationale du microcrédit.
 
Néanmoins, ce n’est pas en Afrique sub-saharienne que le système de microfinance est le plus répandu mais en Asie et dans le Pacifique qui totalisent 83 % des comptes ouverts contre seulement 4 % en Afrique sub-saharienne. Il semble par conséquent nécessaire de nous interroger sur le contenu et l'efficacité du microcrédit. De quelle manière s’est-il implanté en Afrique et quelle a donc été son évolution ? Est-il vraiment une solution pour le développement et si oui à quelles conditions ? D’une manière plus générale nous pouvons donc nous demander quels sont les effets et conséquences de l’application du microcrédit en Afrique sub-saharienne, notamment sur son développement économique et social ?
 
En vue de répondre à ces questions, nous allons dans un premier temps analyser la manière dont le microcrédit s’est installé et organisé en Afrique sub-saharienne, puis nous nous attarderons sur la corrélation entre microcrédit et développement.
 
 
I : L’instauration du microcrédit en Afrique sub-saharienne.
 
A : L’origine du microcrédit.
 
1: Les premières manifestations de la microfinance.
 
            Depuis plusieurs années, il est de plus en plus question de solidarité internationale, au travers de thèmes aussi différents que l’allègement de la dette, le commerce équitable, les placements financiers éthiques, l’économie solidaire, et bien sûr le microcrédit. Celui-ci est aujourd’hui présenté comme une réelle solution face aux difficultés économiques des pays en voie de développement, mais d’où provient donc ce concept et comment s’est-il répandu en Afrique sub-saharienne ?
 
Dans le passé mais encore aujourd’hui dans certaines parties du monde, le microcrédit a souvent été lié à l’usure. Les marchands, dans le Sud comme dans le Nord, qui accordent de petits crédits à ceux qui ne peuvent joindre les deux bouts ont été les premiers à prêter de petites sommes aux villageois qui n’avaient pas l’argent pour payer les médicaments ou les frais de scolarité des enfants. Malgré les taux d’intérêt très élevés, souvent camouflés en remboursements en nature au moment de la récolte, les usuriers avaient du succès et se sont enrichis car ils étaient proches des besoins des populations parmi lesquelles ils vivaient. Cette proximité et cette intégration du prêteur dans le milieu culturel des emprunteurs sont importantes car cette connaissance réciproque était le moyen de la couverture du risque. Mais peu à peu, ces prêteurs furent contestés à cause des intérêts trop importants qu’ils demandaient. Se furent alors dans certaines régions les églises et les prêtres qui prirent l’initiative d’organiser le petit crédit local. Le premier objectif de ces initiatives fut de rassembler l'épargne des populations et le curé de la paroisse fut souvent le trésorier assurant la garantie que l'argent épargné était bien en sécurité. Mais l'épargne, dans ces caisses locales servait souvent à des dépenses de consommation. Ce n'est que plus tard que l'épargne globale de ces caisses devenant importante, furent créées de petites banques qui commencèrent à prêter pour promouvoir des activités économiques et des entreprises locales.
En Afrique existaient déjà depuis plusieurs siècles les tontines qui sont des associations de personnes qui, unies par des liens familiaux, d'amitiés, de profession, de clan ou de région, se retrouvent à des périodes d'intervalles plus ou moins variables afin de mettre en commun leur épargne en vue de la solution de problèmes particuliers ou collectifs. En effet, les Africains, eux aussi, se sont depuis longtemps groupés pour travailler ensemble successivement dans le champ de chacun d'eux ou construire chaque maison l'une après l'autre dans le village. Ils constituaient de cette façon une tontine de travail qui pouvait servir par exemple à creuser les tombes, ou alors une tontine en nature pour acheter des tuiles ou organiser une fête. Ce n'est que plus récemment, quand la monnaie a commencé à circuler, qu'ils ont constitué des tontines d'argent. Il n'y a que peu de temps que des écrits mentionnant l'existence de tontines en Afrique sont apparus. En 1952, W.R. Bascom parle de l'esusu au Nigeria et dans les pays voisins où il est pratiqué couramment par les musulmans yorubas. L'esusu serait apparu en réalité vers le milieu du 19ème siècle. 

2: L'apport du Professeur Yunus et de la Grameen Bank.
 
Cependant beaucoup de personnes considèrent que le microcrédit tel qu’on l’entend aujourd’hui a été inventé par le Professeur Yunus dans les années 70, au Bangladesh. La Grameen Bank, qui a résulté de cette invention, repose sur un constat très simple : les plus pauvres des pauvres n’ont pas accès aux banques et donc au crédit, car ils ne peuvent offrir de garanties, ne possédant rien. Ils sont donc à la merci des usuriers et autres banquiers de rues, qui leur prêtent chaque matin de quoi assurer une activité économique minimale, génératrice d’un faible revenu dont une grande partie servira à rembourser le prêt du matin, et ce qui reste à acheter de quoi se nourrir et nourrir sa famille. C’est un cercle vicieux, qui empêche de dégager le moindre surplus, et qui la plupart du temps génère des dettes s’étendant sur plusieurs générations. 
La solution du Professeur Yunus consiste donc à prêter à ces pauvres, mais collectivement, de façon solidaire. C’est dans la logique et le lien du groupe que réside la garantie qui manquait aux banques : le prêt est octroyé à un individu, à condition qu’il fasse partie d’un groupe de 4 ou 5 autres individus qui s’engagent à assister l’emprunteur dans sa gestion du prêt, mais surtout à rembourser ce prêt si l’emprunteur n’est pas en mesure de le faire lui-même. De surcroît, si le prêt n’est pas remboursé, aucun des membres du groupe ne pourra prétendre à un prêt pour lui même.
Ce système a été appliqué essentiellement à des femmes et en milieu rural, afin de toucher les plus démunis. Il s’est développé très rapidement, et l’on a vite atteint un taux de remboursement des prêts de plus de 97 %. Dès lors, la « recette miracle » pouvait être exportée partout dans le monde, notamment en Afrique sub-saharienne. La Grameen Bank, et sa formidable réussite à l’échelle du pays entier, ont permis au système de microfinance de connaître un essor décisif. La Grameen Bank dispose ainsi aujourd’hui de 1400 succursales et travaille dans plus de 50 000 villages. Depuis sa création, elle a déboursé 4,69 milliards de dollars de prêts et affiche des taux de remboursement de près de 99 %. Grâce à l’exportation de ce modèle 300 millions de personnes bénéficient de nos jours directement ou non de microcrédits. Il s’agit par conséquent d’analyser l’application de ce système de microcrédit en Afrique sub-saharienne.
 
B : L’implantation et l’organisation de ce système en Afrique sub-saharienne.
 
1 : Les différents types d’institutions gérant le microcrédit en Afrique.
 
Au cours de ces dernières années, en Afrique, les gestionnaires du microcrédit se sont développés et diversifiés face à la demande, ce qui nous permet de les classer de la manière suivante :

               1 Les caisses locales d’épargne et de crédit et les tontines, esusu, chilemba...
 
Il existe de nombreux clubs de crédit qui selon les pays s’appellent tontines, esusu, chilemba, etc. Ces derniers existent depuis plusieurs décennies et sont la forme traditionnelle la plus efficace de l’épargne et du petit crédit. Tout comme les caisses locales et mutuelles, ils ne sont pas reliés à de grandes organisations et à des banques. Ils agissent de façon autonome pour un groupe de villages ou un quartier urbain. Ils reçoivent l’épargne de leurs membres, fixent eux-mêmes les taux d’intérêt sans tenir compte des lois et du marché financier. Ils sont par conséquent informels. Les membres se prêtent entre eux l’argent épargné et ils font donc rarement appel au marché financier et à l’aide extérieure. Ils répondent parfaitement aux besoins locaux et les remboursements sont excellents car tout le monde se connaît. Tous ces groupes ne visent cependant pas en priorité les plus pauvres, mais leur présence dans certains des villages les plus petits et les plus reculés, la souplesse de leurs procédures et le fait qu’ils soient disposés à prêter en tenant compte de garanties à caractère social plutôt que de la possession de biens fonciers, permettent aux petits emprunteurs de s’adresser à eux bien plus facilement qu’aux grandes banques. Au Nigéria par exemple, 30 à 50 % de la population adulte fait partie d’un esusu. 

                2 Les systèmes nationaux et internationaux d’épargne et de crédit.
 
De nombreuses caisses locales d’épargne et de crédit se sont organisées en Afrique pour obtenir davantage de crédit que les possibilités créées par leur épargne et répondre ainsi à la demande locale ou pour placer l'épargne non prêtée. Elles ont donc constitué des unions et fédérations, quelquefois puissantes comme l’Association Africaine de crédit agricole. Au niveau national, prenons l’exemple de l’Afrique de l’Ouest où des organisations telles que Nyesigiso et Kafo Jiginew au Mali, l’ACEP au Sénégal, la FECECAM au Bénin rassemblent des dizaines de milliers de membres épargnants et/ou emprunteurs. Ce sont de plus des partenaires efficaces et incontournables de l’attribution du crédit au monde paysan ou aux artisans du secteur non formel urbain. Ces unions et fédérations sont bien organisées, les taux d’intérêt utilisés pour rétribuer l’épargne ou prêter aux paysans, aux commerçantes ou aux femmes entrepreneurs varient selon les cas mais sont souvent en dessous des prix du marché. Il n’est pas rare de constater que ces caisses ne s’autofinancent pas, principalement à cause des frais engendrés par leurs efforts de formation.
 
3        Les fondations et ONG, gestionnaires de microcrédits.
 
Depuis une vingtaine d’années, de très nombreuses fondations ou ONG se sont créées pour distribuer et gérer le microcrédit en Afrique. Ces organisations agissent comme des intermédiaires entre les « financeurs » (agences de coopération, ONG du Nord, banques, etc.) et les demandeurs de crédit, isolés ou organisés en petits groupes professionnels. C’est ainsi que dans l’optique de répondre aux besoins exprimés par les producteurs locaux, se sont créés l’APEM à Madagascar, Start Up Fund en Afrique du Sud… Des millions de petits producteurs ou commerçants dépendent de leur action. Le problème de ces organisations est que leur coût d’intervention étant élevé, elles doivent facturer leurs services au prix coûtant ce qui entraîne une forte augmentation des taux d’intérêt.
 
4        Les Banques de microcrédit.
 
Depuis quelques années, entraînées par l’expérience de la Grameen Bank du Bangladesh, de grandes Fondations et ONG du microcrédit de plusieurs pays d’Afrique sub-saharienne ont leur propre banque. Limitées dans leur financement et souvent par des règles administratives nationales, ces organisations, face à la demande considérable de crédit émanant des petits producteurs et commerçants du milieu informel mais aussi des petites et moyennes entreprises naissantes ou en développement, ont instauré des instruments financiers qui ont évolué vers la création d’institutions financières formelles et de banques, spécialisées dans le financement du microcrédit. A titre d’exemple la Banque K-REP du Kenya gère un portefeuille de microcrédit supérieur à 10 millions de dollars américains. Par ailleurs, les professionnels du microcrédit se sont dotés des instruments financiers et des banques nécessaires pour bénéficier des lignes de crédit accordées par les Banques internationales de développement ou les Agences bilatérales de coopération.
 
Une étude menée dans 17 pays d’Afrique subsahariens par le PNUD et la Banque mondiale a permis d’identifier 98 établissements de micro financement et de financement rural. La moitié des entités ainsi recensées sont des organisations non gouvernementales qui fournissent des services financiers de petite échelle, un tiers sont des associations d’épargne et de crédit, le reste se compose de banques et autres institutions financières qui octroient de petits prêts. Par ailleurs, d’après un document d’information sur les associations de crédit africaines récemment publié par Afrique Relance, le nombre officiel de membres des mutuelles affiliées à l’Association des coopératives d’épargne et de crédit d’Afrique ( ACECA ) est passé de 1,6 million en 1984 à 5,6 en 1994. Le Kenya en compte à lui seul 1,3 million, dont l’épargne atteint au total presque 338 millions de dollars.
 
2 : Les gouvernements africains et la communauté internationale : un appui au microcrédit ?
 
           
Pour favoriser l’essor du microcrédit en Afrique, il est nécessaire de mieux encadrer ce système. En effet suite au sommet du microcrédit de Washington de 1997, les représentants africains ont déploré que ce dernier se soit surtout intéressé au succès du Microcrédit en Asie et Amérique Latine. La représentante de la « Women ‘s world Banking du Ghana » avait alors déclaré : « On n’a pas du tout prêté attention à l’Afrique ». Dans le but par conséquent de pallier à ce manque d’intérêt de la communauté internationale et d’améliorer la gestion de la microfinance sur le continent africain, divers forum se sont mis en place et aujourd’hui le système de microcrédit africain semble susciter un intérêt certain de la part de l’Occident. Ainsi, le rapport 2006 sur la campagne du microcrédit fait état des résultats atteints par la communauté internationale. En date du 31 décembre 2005, 3 1333 institutions de microcrédit ont par exemple affirmé desservir 113 261 390 clients ayant un prêt en cours, dont 81 949 036 étaient considérés comme faisant partie des plus pauvres lorsqu’ils ont contracté leur premier emprunt. Selon ce rapport, depuis 1997 le microcrédit a connu une évolution indéniable, et cela est notamment valable pour l’Afrique sub-saharienne. (se référer à l’annexe 1) En effet, étant donné que l’Afrique est la seule région du monde où l’on prévoit une aggravation de la pauvreté, il y a là une solide raison d’accorder une attention particulière aux familles les plus démunies de ce continent. Cependant dans ce contexte il est aussi essentiel d’analyser le rôle des gouvernements africains dans le développement du microcrédit.
C’est à titre d’exemple dans cette optique que le 8 avril 2005 les dirigeants de 20 pays africains se sont rassemblés à Cotonou pour discuter des défis posés par le microcrédit en Afrique. Ministres des finances et gouverneurs de Banques centrales ont donc examiné avec les responsables des institutions de microfinance, partenaires au développement et investisseurs privés, les conditions qui permettront au continent africain, à travers son secteur de la microfinance, de réaliser les objectifs assignés par les Nations-Unies pour l’édification d’ici 2015 d’un secteur financier accessible au plus grand nombre. Les gouvernements africains commencent donc à s’intéresser aux opportunités de développement qu’offre le microcrédit. Prenons l’exemple du gouvernement burkinabé qui à Ouagadougou a décidé de mettre en place une stratégie avec les partenaires techniques et financiers permettant de généraliser l’accès des burkinabés (surtout les plus démunis) à un système financier ouvert. Ce plan d’action de la stratégie nationale de microfinance est à hauteur de 12, 555 milliards de nos francs et s’articule autour de cinq axes principaux : il s’agit d’aménager le cadre légal, réglementaire et fiscal ; renforcer les capacités de gestion des institutions de microfinance ; développer et diversifier les services financiers ; et enfin professionnaliser les institutions et améliorer leur système d’information et de communication en vue de favoriser l’intégration du secteur au système global. Il y a ainsi une réelle volonté de ce gouvernement de faire de la microfinance « un puissant système alternatif d’intermédiation financière capable de toucher les plus défavorisés ». Selon le Directeur Général du Trésor Public et de la Comptabilité, Lucien Marie Noël Bembamba, le plan d’action vise à lever les contraintes auxquelles fait face le secteur. Il s’agit de pallier au faible taux de couverture et de gouvernance au sein de ces institutions et ce, pour permettre à la microfinance de jouer pleinement son rôle d’outil de lutte contre la pauvreté.
 
            Ainsi, nous comprenons donc que pour que le microcrédit ait un impact au niveau national, il est nécessaire d’instaurer des impôts, taxes… Pour bien fonctionner les organisations de microcrédit ont besoin de fonds importants et c’est pourquoi un système de taxation leur permettrait de mieux se développer. Actuellement pour fonctionner correctement, de nombreuses organisations de microcrédit se voient dans l’obligation de tirer leurs fonds de l’épargne locale. Par exemple le réseau ghanéen de 123 banques rurales a un montant total de dépôts de 16 millions de dollars, qui proviennent essentiellement de l’épargne des clients locaux. L’épargne occupe ainsi une grande place en dépit du fait que de nombreuses ONG africaines ne sont pas légalement autorisées à encaisser les dépôts et doivent faire davantage appel pour leurs programmes de crédit au financement gouvernemental ou à des sources externes. Quels que soient les caractères particuliers de leur structure ou de leurs opérations de prêt, les organisations de microcrédit ont constaté qu’il était coûteux de gérer de très petits prêts, souvent consentis à des clients dispersés à travers de vastes étendues rurales. C’est une des raisons pour lesquelles il est nécessaire d’obtenir des subventions, sous quelque forme que ce soit, quand on s’occupe des plus démunis. C’est dans cette optique que le Burkina Faso avait ainsi émis en décembre 1996 sa première série d’obligations d’Etat pour un montant total à souscrire de 5 milliards de FCFA ( 10 millions de dollars ) ; les fonds ainsi réunis étaient mis à la disposition d’environ 80 associations locales d’épargne et de crédit, ONG et autres programmes gérant des centres ruraux de microcrédit.
Mais tous les gouvernements africains sont loin d’en faire autant. En Guinée par exemple plus de 50 % de la population vit avec moins d’un dollar par jour et la meilleure solution contre ce fléau serait d’adopter une stratégie nationale de microfinance en vue d’une véritable réduction de la pauvreté. Il devient nécessaire de subventionner les caisses de microcrédit avant qu’elles ne tombent en faillite.
 
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