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L’Histoire a vue la France passer d’un statut de grande puissance à celui d’une puissance ayant une influence relative. « Grandeur et décadence de la France » aurait pu dire Raymond Aron à son époque ou encore Nicolas Baverez aujourd’hui. Essayons de comprendre pourquoi la France, pourtant détentrice d’éléments de puissance politique (comme le siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU) voit aujourd’hui sa capacité d’influencer remise en cause. Le soft power ne semble plus être un élément suffisant à lui seul pour jouer un rôle réel sur l’échiquier mondial ? 

 L’idéologie française des relations internationales

            Classiquement les géopoliticiens définissent deux théories majeures au sein des relations internationales ; il s’agit du paradigme réaliste et du paradigme libéral. Evidemment il existe bien d’autres courants en relations internationales tel que le marxisme ou le constructivisme mais par souci de simplicité et de compréhension nous avons choisi de nous concentrer sur les deux courants majeurs. Il est admis que le courant dominant dans les relations internationales est le paradigme réaliste qui par ailleurs reste la base de la diplomatie américaine surtout depuis la définition du néoréalisme de Kissinger. Le concept réaliste trouve son origine dans la philosophie de Machiavel ou Clausewitz qui explicitait que « pour faire la paix il fallait préparer la guerre ». Nous voyons ici toute l’importance accordée à la puissance militaire au sein du courant réaliste. Face à ce courant s’est dessiné une alternative : le courant libéral qui quant à lui vise un concept beaucoup plus moralisateur des relations internationales avec comme référence la philosophie Kantienne. Aujourd’hui on peut exprimer clairement que la France s’est lancée dans le courant libéral ; pour certains le refus de la France de cautionner la guerre en Irak ou encore l’attachement de la France à l’ONU qui prône le droit international, marque l’attachement de la France pour une certaine morale.
 
            Or pour les réalistes, dominants sur la scène internationale, la théorie libérale n’est qu’un outil des faibles puissances ou puissances moyennes pour tenter de jouer un rôle sur l’échiquier mondial. Comme l’explique Kagan, la prédominance du paradigme libéral dans un pays marque en vérité une perte de puissance effective de ce même pays. Cela nous amène à revenir sur la véritable place de la morale dans le discours politique français ; en effet on sait aujourd’hui que l’opposition à la guerre en Irak par la France était plus liée au fait que cette guerre allait réduire l’influence de la France dans une région qu’elle avait anciennement dominée et colonisée ; plutôt qu’à un véritable sens des valeurs. Il est important ici de nuancer notre propos : la France représente une certaine idée du monde basée sur des valeurs telle que la liberté ou l’égalité ; malgré tout aucun pays, et la France ne déroge pas à la règle, n’intervient sans défendre ses intérêts. La morale de la diplomatie française semble donc relative comme toute morale diplomatique par ailleurs.
 
            Face à cette critique réaliste, nous sommes en droit de nous demander si finalement la puissance ne se base pas sur la capacité militaire du pays ; plus l’armée est importante, plus le pays est dominant. Dans ce cas la France représente certes une puissance de taille avantageuse mais sa capacité d’influencer est relativisée par d’autres armées telle que l’armée Américaine, Britannique ou encore Russe et Chinoise en devenir. La principale critique que nous pouvons faire à la théorie libérale appliquée par la France est que certes la promotion du droit est importante et confère un certain Soft Power comme le disait Joseph Nye mais celui-ci doit être combiné avec un hard power basé sur la puissance militaire forte permettant de faire craindre les autres grandes puissances. C’est par ailleurs cette remise en cause du Soft Power que nous allons développer dans un second temps.   

L
e leadership d’opinion ne paie plus

            La crise d’Irak amena une confrontation entre le bloc Atlantique et la Veille Europe soutenus l’un et l’autre par divers pays du monde. Cette opposition diplomatique fut marquée par le rôle de la France qui prit la tête de la coalition diplomatique anti-américaine. Par delà les continents, on a noté l’engouement des populations envers la position défendue par la France. Ceci conféra à la France un leadership d’opinion. Jacques Chirac fut même pressenti pour le prix Nobel de la paix. Malgré tout ce pose ici la question des retombées de cette position. Premièrement la guerre a eu lieu et continue aujourd’hui ; de plus l’engouement des populations envers le gouvernement Français n’a pas fait modifier les comportements des Etats envers la France. En témoignent les échecs politiques français depuis lors ; en faisant une liste rapide nous pouvons noter l’échec de Paris face à Londres pour les Jeux Olympiques de 2012 ; la difficulté de la France de se placer sur les marchés Indien et Chinois ces derniers pourtant opposés à la guerre d’Irak ; ou encore les difficultés que la France rencontre pour faire écouter sa voix notamment à l’OMC. Pour terminer sur cette première idée on peut noter également que le lien qui s’était créé avec le discours Français lors de la crise d’Irak fut cassé en Europe lors de l’échec de la Constitution Européenne. Le gouvernement Français qui s’était pourtant engagé dans la campagne du oui fut décrédibilisé par le vote négatif des citoyens français. En vérité face à tout cela se pose une question : la victoire morale est-elle suffisante dans la satisfaction ?
 
            La réponse au jour d’aujourd’hui semble négative, en effet malgré le leadership d’opinion que peut avoir la France, « le discours sage » de la France ; la France est en perte d’influence dans certains de ses pré carrés : Moyen Orient (colonies du traité de Sèvres) ou encore en Afrique notamment en Afrique Noire. En effet, aujourd’hui les Etats-Unis arrivent sur ce continent d’avenir au niveau des ressources naturelles. L’arrivée des américains s’accompagne d’investissements et d’aides publics au développement. Cette politique est en contradiction avec l’idée française qui vise à augmenter le niveau de développement des sociétés. Mais aujourd’hui les gouvernements et populations en Afrique se tournent vers la solution billet vert ; pour preuve les récents troubles avec la Côte d’Ivoire. L’ancien allié des français Laurent Bagbo remet en cause la fameuse politique des réseaux Foccart en se tournant vers Washington. On peut donc dire que malgré la promotion des droits de l’Homme, malgré une certaine morale ; « les sirènes de Fort Knox » sont aujourd’hui préférées aux « Coq Gaulois ». L’idée aujourd’hui qui semble dominante dans l’esprit des dirigeants du monde est « d’avoir les Etats-Unis en légitime épouse et la France en maîtresse ».
 
            Mais peut-on imaginer que finalement « la maîtresse, l’illégitime » sorte un jour de l’ombre pour devenir « légitime » ? La victoire morale finira-t-elle par payer ? L’avenir nous le dira ; toutefois notre propos doit être nuancé par diverses choses. Avec un esprit chauviniste le bourbier irakien semble aujourd’hui à affirmer que finalement nous avions raison de refuser la guerre d’Irak ; de plus une théorie semble de plus en plus prendre une importance : le renversement des back yards. Cela se base sur la perte d’influence des Etats-Unis en Amérique latine avec les élections successives de Chavez, Lula, Kirchner et Morales et surtout avec le projet de l’ALBA défendu par le Venezuela. D’un autre côté l’Europe et surtout la vielle Europe voit son influence augmenter en Amérique Latine comme en témoigne les liens Franco- brésilien. On peut donc dire que le pré carré américain devient Européen et donc Français ; et inversement. C’est cette possibilité de recours à l’Europe afin d’augmenter le poids de la France sur la scène mondiale que nous allons développer dans une troisième partie. 
 
 
Conclusion :
 
            Ce qui semble évident au travers de l’Histoire de la France, c’est la culture de puissance que détient le pays au drapeau tricolore. Mais aujourd’hui face à ce lourd passé se pose l’interrogation de connaître son réel niveau de puissance de plus le mythe du déclin reste fortement ancré dans l’esprit des Français et ce même chez les élites. Nous avons ici démontré que la France était une puissance certes mais relative face au monde d’aujourd’hui marqué par l’hyper puissance américaine et également par la montée en flèche de nouveaux acteurs tirés par une forte croissance ; et qui visent à prendre un rôle sur ka scène internationale en perturbant l’ancien ordre des puissances.
 
            Dans ce contexte, l’Union Européenne semble pouvoir redonner à la France une certaine dynamique surtout au niveau économique. Malgré tout tant que l’Europe politique ne sera pas créée ceci restera insuffisant pour redevenir une grande puissance. Ici ce pose la question de savoir si l’Union Européenne peut devenir une puissance politique majeure ? Cela passera forcément par un transfert de souveraineté. Or ceci a connu un coup d’arrêt avec le rejet de la constitution, de plus à côté de ce transfert de la part des Etats membres l’Union Européenne devra se détacher de la tutelle américaine encore très forte (Cf. division de l’Europe sur le sujet de l’Irak); une possibilité serait la destruction de l’OTAN qui permettrait une émancipation de l’Europe notamment via la PESD. Aujourd’hui l’Europe semble après la crise irakienne et l’échec de la constitution se relançait d’une même voix sur certains sujets sensibles comme les négociations avec l’Iran sur le programme nucléaire de Téhéran.
 

            Au jour d’aujourd’hui et dans l’attente d’une Europe politique qui reste très très lointaine ; la France pour augmenter son influence et son rayonnement sur la scène internationale doit se baser sur la dynamique économique que lui offre l’Union Européenne ; mais la puissance étant, nous l’avons démontré, reliée au concept de souveraineté ; la France doit encore aujourd’hui défendre seule son influence sur l’échiquier mondiale. Cela passe par de profondes réformes de la France mais également sur la capacité de prendre des initiatives. La puissance ne serait elle pas finalement la capacité de risquer avec succès ?

 
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