Introduction.
I.Des philosophies d’intégration à la formation des politiques d’intégration.
1.Fondements des philosophies britannique et française de l’intégration
2.Les mécanismes et les sources de la production des politiques de l'intégration.
II.Des « modèles » à l’épreuve de la réalité
1.Les « modèles » britannique et français
2.Des modéles caducs ? Nouvelles donnes à l'origine de nouvelles réponses.
Conclusion.
Introduction :
Une étude comparée des philosophies britanniques et françaises de l’intégration peut apparaître comme un exercice périlleux. Souvent opposées, comme deux modes de pensée totalement distincts, il semblerait qu’en dépit de divergences marquées les deux modèles d’intégration présentent néanmoins des points de convergence.
En effet, il n’est pas illogique de montrer comment les politiques d’intégration ont été mises en place dans les deux pays et comment les mécanismes et leur logique ont reposé sur des concepts différents mais poursuivant un même but : l’intégration de l’étranger dans la nation.
Par ailleurs, n’est-il pas sensé de relever comment ces deux « modèles », si ils existent, se sont finalement heurtés aux mêmes difficultés, que celles-ci émanent de l’évolution de la demande sociale ou de celle de la scène internationale.
La difficulté de l’exercice provient du manque de détachement historique dont toute analyse souffrira forcément. C’est pourquoi nous nous gardons de prétendre à l’exhaustivité dans notre
approche.
Nous tacherons dans un premier temps de considérer les bases sur lesquelles se sont construis les « modèles » britannique et français de l’intégration, et comment ces philosophies de l’intégration ont conduit à la production de politiques d’intégration dans les deux pays. Puis dans un deuxième temps, nous verrons s’il est pertinent de parler de « modèles » d’intégration, si ces « modèles » sont divergents ou parfois convergent et s’il ne se révèlent pas finalement tous deux fragiles dans les faits.
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Des philosophies d’intégration à la formation des politiques d’intégration
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Fondements des philosophies britannique et française de l’intégration
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La France et la Grande-Bretagne ont connu des développements historiques relativement similaires dans lesquels se sont développées des philosophies de l’intégration bien distinctes. D’ailleurs, comme le précise Adrian Favell1 : « La solution politique des deux nations peut être vue comme deux versions appliquées différentes du libéralisme philosophique ».
Dans les deux Etats nation, l’intégration nationale est passée par l’incorporation des immigrants dans la citoyenneté. Dans les deux cas, l’identité nationale a agi comme un ciment national, renforcé par le jeu des institutions comme les écoles, les associations, les syndicats ou encore l’armée… Par ailleurs, les deux pays ont définit l’intégration nationale au travers de l’extension progressive des droits de la citoyenneté et de l’élargissement du suffrage.
La différence entre les deux pays, marqués tous deux par une modernité politique, se différencient par la perception de la relation entre la citoyenneté et la nation. En Grande-Bretagne, le parlementarisme a permis une plus grande autonomie des institutions, notamment communautaires. En France, l’héritage de la Révolution française a conduit à un Etat centralisé qui a pour volonté d’établir avec ces citoyens une relation sans intermédiaire. A cela s’ajoute la neutralité du citoyen dans la communauté.
Le contraste se situe également sur la place de l’identité nationale dans la citoyenneté. En Grande-Bretagne, la citoyenneté est une question d’accès à l’égalité des droits dans une société qui s’appuie sur les institutions publiques. En France, l’identité nationale représente la troisième source de la citoyenneté.
Le clivage central se situe donc dans la conception libérale britannique dans laquelle c’est l’allégeance aux institutions nationales qui entraîne l’acquisition de la citoyenneté (droits civils, puis politiques et sociaux) et dans la tradition républicaine française qui pose la capacité et la vertu civique comme condition préalable à l’inclusion de l’individu dans la « communauté de citoyen ».
Il est difficile de traduire les notions françaises de citoyenneté, comme un corpus de droits politiques, civiques et sociaux, et de nationalité, comme l’appartenance formelle d’un individu à un Etat. En effet, le terme citizenship est la traduction commune pour les deux termes.
La distinction est pourtant au cœur de la conception française, mais pour les rendre indissociables. En effet, le seul moyen d’accéder au droit du citoyen passe par la nationalité, associant droit du sol et droit du sang. En France, il a fallu attendre le XIXème siècle pour voir la fin du l’application unique du jus sanguinis. En Grande-Bretagne, la distinction est peu présente car le droit des étrangers est basé sur l’allégeance à la couronne même si la fin de l’Empire a entrainé le début d’une distinction.
La Grande-Bretagne et la France ont eu toutes deux un Empire colonial, qu’ils ont justifié par une mission civilisatrice et universelle. Ces Empires ont contribué à la formation de l’Etat Nation et à l’unification des institutions nationales.
On oppose souvent les deux idéologies « coloniales » : assimilation française et association britannique. Mais dans les faits, on constate que ces différences sont relatives, notamment quand on regarde les différences de statut des colonies. Par ailleurs, on a constaté la présence de tensions dans les deux situations coloniales, reposant souvent sur le paradoxe entre le libéralisme appliqué en métropole et les idéologies utilisées pour justifier le statut des populations colonisées.
Cela a eu des répercussions à la fin des empires sur l’accès à la citoyenneté des anciens sujets coloniaux, lors surtout des migrations économiques qui se sont multipliées après la seconde guerre mondiale. Même si la Grande Bretagne a accordé aux immigrants provenant du « Nouveau Commonwealth » (Antilles, Inde, Pakistan) des droits de la citoyenneté (dont des droits politiques) à la différence de la France.
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Les mécanismes et les sources de la production des politiques de l'intégration.
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À notre avis, l'étude d'un modèle en tant que concept indépendant peut-être une erreur simpliste, car nie la complexité d'un processus d'interconnection entre une mutitude de facteurs (graphique 1). Si on applique cette idée au graphique, on remarque que celui-ci décompose les interconnections, or pour mieux appuyer notre thèse, on tentera de le recomposer selon notre lignée théorique. On peut distinguer les facteurs du processus entre ceux qui font partie des facteurs « rigides » et facteurs « souples ».
Les récits traditionnels sur le « vivre ensemble » découlent de ce qui est défini par la philosophie de l'intégration. Or comme montre le graphique 1, les philosophies ne coïncident pas exactement avec les modèles, ni avec les politiques d'intégration.
La philosophie d'intégration est pour ainsi dire ce qui donne à la fois la clé de lecture des modèles, des politiques et en garantit leur cohérence et continuité.
La philosophie guide le raisonnement et la légitimité en même temps. Pour donner fondement à cette affirmation, il suffit de se pancher sur les discours des institutions. Il est intéressant par exemple, de remarquer la façon extrêmement spontanée par laquelle on se réfère à la philosophie comme « tradition » ou « spécificité ».
Dans ce sens, au terme du mandat de trois ans qui lui avait été confié en 2002, le Haut Conseil à l'intégration a remis au Premier ministre un rapport consacré à un "bilan de la politique publique d'intégration" dans lequel on peut lire :
”[...] Notre tradition républicaine veut que cette unité civique comme communauté de citoyens ne repose pas seulement sur l’héritage [...] En raccourcis, on ne naît pas citoyen, on le devient. [...]”.
Il y a ici “en raccourci” la base conceptuelle de la philosophie d'intégration française. Notre idée est que la philosophie de l'intégration qu'on nomme ici “tradition républicaine” est en effet le résultat d'une équation complexe. Elle tient en compte en particulier la physionomie de ses institutions, l'histoire et les mythes républicains qui les légitiment, le résultat (à savoir la philosophie de l'intégration) fait partie de ce qu'on définit dans notre analyse comme un “facteur rigide”; celui-ci faisant à son tour partie d'une autre équation plus complexe, laquelle englobe des “facteurs souples” comme les attentes, les demandes ou les revendications sociales pour déterminer les politiques d'intégration.
Suivant ce raisonnement, les politiques d'intégration découlent indirectement de la codification des philosophies par les institutions de l'Etat, et non commeon pourrait plus simplement croire de l'application des modèles. Le modèle est un résultat ultime du processus mélangeant politique et philosophie, dans ce sens le model n'intervient pas dans la création des politiques mais représente la politisation des philosophies.
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Des « modèles » à l’épreuve de la réalité
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Les « modèles » britannique et français
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Les politiques françaises et britanniques de l’intégration sont souvent présentées comme représentant deux modèles distincts d’intégration.
En France, la citoyenneté est encadrée par l’individualisme civique qui pose l’individu comme seul sujet de droit et qui par conséquent refuse toute différenciation ethno raciale dans l’espace public. En Grande-Bretagne, l’approche est fondée sur l’importance des groupes minoritaires. L’accent y est donc mis sur l’intégration, non pas comme un mécanisme d’acculturation nationale et civique mais comme un accès égal aux droits. Le multiculturalisme y est en effet accepté comme une réalité sociologique et politique.
La différence semble donc se situer au niveau de la notion d’ethnicité, centrale en Grande-Bretagne et refusée en France. Les Britanniques accordent une importance majeure aux catégories raciales et à la différenciation tandis que les Français la refusent.
On observe néanmoins une évolution qui amène à penser que les deux « modèles » peuvent parfois converger sur certains points.
Longtemps, l’intégration à la française s’est présentée en opposition au modèle britannique en insistant notamment sur les risques liés à la reconnaissance des diversités ethno culturelle : régression identitaire, chaos du multiculturalisme qui serait un risque pour la citoyenneté.
Mais on peut remarquer un reversement du discours avec l’apparition de la « nouvelle intégration » qui fait appel à une intégration progressive de la donne communautaire dans la société française. Cela s’est noté avec l’entrée dans le débat du thème de la discrimination, notamment dans la fin des années 90 avec le traité d’Amsterdam. On peut également citer l’institutionnalisation de l’islam avec la création du Conseil français du culte musulman en 2003. Il ne faut toutefois pas en déduire que cette évolution conduira à l’application de politiques publiques du type des ‘race relations’ britanniques.
En Grande-Bretagne, on a également remarqué l’émergence du British Dilemna2, résultat de la prise de conscience des limites du modèle d’intégration britannique. En effet, les « race relations » ont été remise en cause par la présence de discriminations mais également par le constat d’un manque de volonté d’intégration de la part de certains groupes.
Il a donc été proposé le concept de ‘community cohesion’ dans un contexte multiculturel. Celui-ci repose sur une vision commune et le sens de l’appartenance. La diversité y est considérée comme une valeur positive et l’accent est mis sur l’égalité individuelle des chances.
Les parallèles sont donc croissants, entre fermeture des frontières et volonté d’intégration des populations issues de l’immigration. Des paralleles et des rapprochements timides bien sur à
relativiser, mais qui demontrent comme à l'origine on essaye de repondre aux memes problematiques. Les questions posées de part et d’autre de la Manche sont donc voisines même si elles reposent
sur des processus différents.
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Des modéles caducs ? Nouvelles donnes à l'origine de nouvelles réponses.
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Des nouvelles situations sociales créeent des turbulences dans les modèles et dans les politiques d'intégration. Ce dysfonctionnement des politiques se manifeste par des donnes qu'on peut qualifier de « matérielles », au caractère plus objectif, et par le « débat » qu'elles suscitent dans la societé et dans les médias.
Comme le supposent Liesbet Hooghe3 et Gary Marks4, de la University of North Carolina at Chapel Hill:
« [...] In order to explain the level and scope of integration, we need to understand the pressures on decision making. We need to inquire into the underlying conflicts that shape decision making: which actors are involved on what issues, and how are they expected to behave.[...] »
Le politique ne pouvant pas ignorer ces problématiques, attentes ou revendications qui mettent à l'épreuve les « dogmes » de la philosophie d'intégration éprouvent donc des difficultés, et ont à faire face à ces difficultés, à des réactions variées, mais qui pour la plupart se manifestent sous formes cohérentes et radicales découlant de la propre philosophie d'intégration.
Dans ce sens la loi française de 2004 sur l'interdiction des signes ostentatoires est un renforcement radicalement cohérent, qui s'inscrit dans une parfaite continuité du dispositif de 1905.
Suivant l'analyse de Hooghe et Marks, il est intéressant de remarquer que dans ce décret, outre son apport matériel, c'est son existence elle-même qui est frappante. Le fait qu'on ait procédé à un remaniement, est la preuve qu'il existait une demande plus ou moins sousjacente.
Il est donc obligatoire de se demander quelles sont les situations sociales à l'origine d'une telle attente, réaction ou revendication, qui ont déterminé l'action de l'Etat. Puis la façon dont il le fait.
On peut distinguer plusieurs nouvelles donnes qui s'interposent et viennent pérturber l'équilibre plus ou moins stable des mécanismes sociologiques et institutionnels qui sont à la base de la construction des politiques et des modèles d'intégration.
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Donnes objectives ou quantifiables.
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Mondialisation, un phénomène par certains aspects plus ancien mais qui se développe à l'échelle de l'individu, avec ses dynamiques propres comme la banalisation des frontières et l'augmentation des flux d'informations et des personnes, surtout depuis les années 1990.
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Les évènements du 11 septembre, les attentats de Londres et de Madrid.En particulier le fait que nombre des composants de ces commandos, étaient issus de la célèbre seconde génération d'immigration.
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L'introduction de la citoyenneté « hybride » europeenne et la crise de la constitution de 2005.
Notre idée est que ces donnes conditionnent le débat public et politique au niveau domestique et international, de la même façon en France qu'en Grande Bretagne.
On peut voir le “débat” comme un “conflit” dont le résultat conditionne les choix des politiques d'intégration. Or comme on a dejà tenté d'expliquer le rôle des institutions étant de résoudre un conflit par une régle, elles vont le faire en codifiant ce processus avec leur propre clef de lecture, laquelle est différente voir opposée pour les deux États, va produire des réponses différentes au même problème.
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Les poids des donnes relatives au “débat”.
« We pay detailed attention to the substantive character of the debate [...] What do key actors strive for? How does the debate connect to domestic conflict? Does the debate have an underlying structure? The debate is complex and multi-faceted, but it is not sui generis or unfathomable. In fact, as recent research has discovered, the debate is structured and explicable.[...] »
Des boulevesements matériels provoquent des nouvelles attentes et revendication qui créent des “conflits” et donc un “débat”.
Pour motiver ce constat, il convient de prendre en compte l'essentialisme croissant qui se développe depuis presque deux décennies.
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D'abord à un nivau académique, avec la parution de “Clash of civilisation” de S. Huntington, mais aussi a contrario avec F. Fukujama et sa Pax Americana.
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Puis, à un niveau social, avec une perception nouvelle de l'immigration et de l'étranger, - il est par exemple assez frappant qu'aujourd'hui, on préfère utiliser le terme “voile” même quand, en réalité, il s'agit d'un “foulard”.
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in fine ses répercussions dans la sphère politique au même moment que la citoyenneté hybride de Maastricht rompt le lien ethnique entre nationalité et citoyenneté. Il faut sans doute ajouter que, si le processus d’intégration européenne a été considéré dans les années 1990 comme la perspective de renouvellement du projet démocratique contemporain, la crise de l’Union Européenne a fermé la possibilité d’une refonte postnationale de la citoyenneté moderne. “Cela a un coût considérable dans le traitement de l’intégration des migrants et des minorités européennes, notamment lorsqu’il est question des musulmans en Europe” (Bertossi 2007c).
« [...] European integration transforms conflict in Europe, not by introducing an issue orthogonal to existing dimensions of competition, but by reinforcing a previously subsidiary non-economic dimension. In a psychological sense, this non-economic dimension might be described as tapping “pre-material” (rather than post-material) values having to do with basic emotional affinities arising from group (non)membership. [...] ».
Face à ses nouveaux conflits il en résulte une série de “réactions” communes mais opposées dans la forme.
La réaction à ces attentes est opposée car les institutions et leur histoire le sont. Notre idée est que l'Etat français, en particulier la physionomie de ses institutions, l'histoire et les mythes républicains qui les légitiment, ne sont pas compatibles avec l'introduction même partielle de la “charia” dans le code civil ou pénal français.
Inversement, il nous est très difficile de croire qu' un décret puisse retirer les foulards des femmes musulmanes dans les universités de Londres ou de Birmingham ou encore les crucifix des murs des écoles italiennes ou autour des cous belges.
En d'autres termes: « [...] Political conflict makes all the difference, and that conflict, we argue, is in large part rooted in communal identities[...] »
Conclusion.
En mettant en perspective les évolutions récentes dans chaque pays, il est aussi nécessaire en mesurant la façon dont les deux sociétés sont désormais confrontées à des défis qui transgressent les frontières habituellement dressées entre les deux paradigmes d’intégration français et britanniques, il en ressort que les deux modèles se démontrent de plus en plus inadaptées.
Il ne s'agit pas seulement de l'écart entre les « philosophies publiques » de la nation et les réponses politiques à la présence des migrants ou des minorités car, dans la pratique, tous les pays dévient des « modèles d'intégration » qui sont revendiquées à un niveau idéologique. Lorsqu'on l'aborde d'un point de vue plus empirique que normatif, la notion de « modèle » est donc relative.
C'est dans ce contexte particulier que peuvent être envisagées les « crises » qui frappent les deux « modèles d'intégration » français et britannique
Bertossi arrive à la même conclusion, « les récits traditionnels sur le vivre ensemble n’ont pas été remplacés par de nouveaux programmes idéologiques. Si les premiers sont contestés, ils demeurent une référence qui empêche de développer complètement des registres idéologiques alternatifs pour encadrer la citoyenneté et l’intégration. »5 En d'autres termes l'heritage idéologique empêche une meilleure réflexion, plus libre, ou encore l'idéologie met des contraintes à la libre réflection du sujet.
L’illustration la plus frappante de la crise de confiance des deux « modeles » français et britannique est sans doute à trouver dans l’ampleur des émeutes françaises de novembre 2005 ou britanniques de 2001, et des attentats à Londres en juillet 2005, mais également dans l’impact que ces évènements ont eu sur les opinions publiques des deux pays.
Le paradoxe qui se vérifie presque de la même façon des deux cotés de la Manche est que nombreux sont ceux qui, enfants de la première génération de migrants arrivés dans les années cinquante ou soixante, devenus Français en application du droit de sol, formés à l’école de la République, se sont pourtant heurtés à des résistances ou des rejets de la part d’une société qu’ils ne vivaient pas comme une société d’accueil,mais bien comme « leur » société depuis toujours.
Aussi n’est-il guère surprenant qu’ils aient marqué un net rejet de certaines voix qui leur expliquaient que leurs difficultés n’étaient que la conséquence d’un défaut d’intégration « de leur part », en estimant qu’on leur demandait un effort qui n’était pas réclamé à leurs compatriotes6.
1 Adrian Favellest actuellement professeur associé en sociologie à UCLA (University of California, Los Angeles). Expert en migrations internationales. Il s’intéresse aux politiques d’immigration, de citoyenneté et d’intégration, au phénomène d’intégration régionale, à l’Union européenne vue à travers le prisme de la sociologie politique et à la philosophie des sciences sociales. Son premier livre ’Philosophies of Integration’ (Macmillan 1998) était une comparaison de l’idée de l’intégration en France et en Grande Bretagne.
2 Rapport de Rose et Deakins publié en 1969
3 Liesbet Hooghe Professeur de Science Politique, à University of North Carolina at Chapel Hill;
4 Gary Marks Professor, Chair in Multi-level governance, Free University of Amsterdam
Burton Craige Professor, University of North Carolina at Chapel Hill
5Chercheur à l’Ifri, Christophe Bertossi est docteur en science politique de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence (2000). Il est chercheur associé au Centre for Research in Ethnic Relations de l’université de Warwick (Grande-Bretagne), après avoir été chercheur Marie-Curie (2001-2003). Il est également associé au Centre for Comparative Immigration Studies de l’université de Californie-San Diego (Etats-Unis) et à l'American University in Paris (AUP). Il enseigne la science politique à Sciences-Po (Paris). Il a notamment publié Les frontières de la citoyenneté en Europe : nationalité, résidence, appartenance, Paris, L'Harmattan, 2001 ; European Anti-Discrimination and the Politics of Citizenship: France and Britain, Basingstoke/New York, Palgrave, 2007 ; (avec Catherine Wihtol de Wenden), Les couleurs du drapeau: les militaires issus de l'immigration, Paris, Robert Laffont, 2007.
6 Haut Conseil à l'intégration, rapport sur "bilan de la politique publique d'intégration", Collection des rapports officiels. 2005