Depuis huit ans, l’administration Chavez a été appuyé plusieurs fois par la population du pays, via diverses élections et référendums. En dépit de ce fait, un vaste front de l’opposition, animé par les deux grands partis traditionnels du Venezuela (Accion Democratica et COPEI), avec l’appui de la Confédération patronale, de la Centrale syndicale CTV et des grands médias, a tout fait pour renverser Chavez. En avril 2002, l’opposition a fomenté un coup d‘État qui s’est conclut par un immense fiasco. Pedro Carmona, le chef de la principale confédération patronale FEDECAMARAS1, qui avait été nommée par les putschistes comme président pour remplacer Chavez, a dû prendre la fuite et se trouve actuellement aux États-Unis.
Le 25 février 2002, Charles Shapiro est officiellement nommé en tant que nouvel ambassadeur américain au Venezuela. Shapiro était également attaché à l'ambassade américaine au Chili, lors du coup d'Etat contre le gouvernement de Salvador Allende. De 1999 à 2001 il a occupé le poste de coordinateur des affaires cubaines à Washington. Envoyer Shapiro à Caracas témoigne de la perte de patience du gouvernement américain, et montre comment la politique de la deuxième administration Bush demeure bien plus agressive envers le gouvernement Chavez que la précèdente. En février 2002, Otto Reich, est nommé secrétaire d'état adjoint aux affaires de l'hemisphère occidentale. En janvier 2002, la commission sénatoriale avait bloqué la nomination de Reich, mais le président Bush exerce son droit de privilège et désigne Reich. Cubano-Americain violemment hostile au régime de Castro, il estime que le Venezuela soutien ce gouvernement et l'accuse d'être lui même sur la voie du communisme castriste.
La fabrication de faux rapports de renseignement s'est manifestée de façon récurrente au sein du gouvernement américain jusque à atteindre son paroxysme avec la célèbre fiole d'Anthrax présenté à l'ONU par le secrétaire d'Etat Collin Powell. Le 20 mars 2002, une évaluation des renseignements est préparé par le haut commandement américain pour le Sud2.Le document fait en référence à un accord entre Chavez et le FARC. Chavez aurait accordé le libre accès au territoire Vénézuélien en échange d'une promesse des FARC de ne pas enlever des citoyens Vénézuéliens. La source de ce renseignement serait principalement le quotidien El Tiempo de Bogotà. Le rapport de renseignement bidon est présenté, pour justifier les actions du gouvernement et vaincre les résistances du Congrès voire de l'opinion public. En effet, peu après la préparation de ce rapport plusieurs membres républicains du Congrès américain affirmeront qu'ils ont la preuve de la collaboration de Chavez avec Les FARC et l'ELN.
Alors qu'une partie des services de renseignement américains fabrique des rapports bidon afin de justifier une éviction du gouvernement du Venezuela. L'ambassade, et donc le gouvernement de Washington, sont déjà au courant qu’un coup d'état se prépare au Venezuela3 et qu'il serait tenté début avril 2002. Ils ont financé les mouvements conspirateurs et géré les contacts avec les officiers dissidents de l'armé. Il faut rappeler que la quasi totalité des officiers de l'Amérique latine est formé aux Etats-Unis dans l'Ecole des Amériques, ou dans leur pays par les programmes de l'US Army. La stratégie de cette action se base sur l'exploitation de la violence durant une manifestation de l'opposition. Le 11 avril 2002, la CTV, la FEDECAMARAS et les partis soutenus par le NED4 mettent sur pied un vaste rassemblement à Caracas et dans plusieurs points clefs du pays comme le QG de PDVSA. Vers Midi de ce même jour Carmona commence à inviter ses partisans à marcher sur le palais présidentiel de Mira Flores, alors qu'il savait très bien qu'un rassemblement de « chavistes » se tenait. Le maire de Caracas lance un message à Carmona par la télévision d'Etat, Canal8, l'invitant à ne pas marcher sur MiraFlores par crainte des affrontements qui pourraient avoir lieu. La garde nationale est mobilisée pour éviter les affrontements. La manifestation à ce moment dirigé par le contre-amiral Carlos Molina Tamayo, parvient à forcer plusieurs barrières.
L'absence d'équilibre dans la couverture médiatique, est une pièce maîtresse pour la réussite des tous les plans d'insurrection, dont les services étatsuniens connaissent les secrets.
À 14h15, le haut commandement militaire des insurgés propagent les rumeurs de violences. Le contre-amiral Hector Ramirez Pérez déplore le massacre de civils innocents, et déclare qu'un complot mis en oeuvre par Chavez a causé la mort de six civils. Ramirez Pérez réclame l'insurrection militaire prenant les violences et le chaos comme justification. En réalité cette déclaration avait été enregistrée plus tôt dans la journée, avant qu'aucune violence ne se soit produite. En effet quelques mois plus tard, lors d'une conférence universitaire, Otto Neustald5 a affirmé qu'il avait été appelé par des officiers de l'armée pour pré-enregistrer leurs messages dans une résidence privée dans la partie orientale de Caracas. Il affirmera aussi que le message parlait des morts imputables à Chavez alors qu'aucune violence ne s'était produite.
« Le soir du 10 [avril] ils m'ont appelé, au téléphone et ils m'ont dit: Otto, demain le 11 la marche se rendra au palais de Mira Flores, il y aura des morts et ensuite des officiers de haut rang se prononceront contre le président Chavez »6. Otto Neustald.
Au moment même où est lancé l'appel à la rébellion miliaire, le président Chavez prend l'initiative d'une émission à la télévision, sous « cadena »7 . Une partie des chaînes n'ont pas tenu compte de cette décision et ont diffusé à la place l'appel à l'insurrection militaire, les autres ont procédé à la division des écrans de manière à montrer le président sur une moitié et la marche de l'opposition de l'autre.
Venevision, la chaîne plus importante du pays avait placé un correspondant sur le toit d'un bâtiment à proximité du palais présidentiel où les partisans de Chavez étaient rassemblé, ( le même endroit ou la manifestation anti-Chavez avait soudainement dirigé sa marche). Malgré cela, et ce pendant toute la journée, les médias diffusent exclusivement les images de la marche de l'opposition et de ses leaders. Les images prisent par le caméraman posté sur le toit, seront manipulés en studio, et la seule séquence conservée montrera des partisans de Chavez sur un pont tirer sur des cibles situées en bas. Alors que dans la séquence entière, les travaux de la justice et les expertises balistiques, ont démontré que le feu a été ouvert par des tireurs postés depuis la manifestation des opposants au règime de Chavez. Cette séquence manipulée fut ainsi diffusée par toutes les chaînes privées, et envoyée dans le circuit international, dans la tentative évidente de justifier le coup de force.
La vidéo atteint son but. Se justifiant avec ses images, les offices qui ont proclamé la rébellion et les chefs de l'opposition prennent d'assaut le palais de Mira Flores et demande la démission
de Chavez. Ce dernier refusant de démissioner est arreté à Fort Tiuna8. Avec la prise militaire de la télévision d'Etat, canal 8,
les insurgés ont mis au silence, la seule chaîne qui a fourni une représentation différente des événements. La domination médiatique était totale.
Mais quelques chaines de television n'ont pas réussie à manipuler une population qui s'est démontrée politiquement mature, au point de ne pas se faire tromper par des images et de défendre dans un moment de crise la persistence de la démocratie vénézuelienne.Or cette vitalité de la démocratie au Vénézuela n'est pas étonnant, et brise les préjugés paternalistes, mais peut aussi tomber en contradiction.
Depuis, les télévisions « rebelles » impliquées dans le coup d'Etat, mais qui avaient toujours pu manifester une opposition farouche au président Chavez, ont été mise au pas. Définie comme « chaine fasciste » par Hugo Chavez, RCTV, n'a pas vue renouvelé sa concession d'émetteur, et a donc récement fermé ses portes au profit d'une nouvelle chaine d'Etat Tves. Dans cette action "chavezienne", je dinstingue deux aspects, la forme et la legitimité. La forme, à savoir la fermeture de la chaine à titre de petite vengeance par la seule volonté du président de la république, ne fait certainement pas partie des mécanismes démocratiques de l'Etat de droit, et est donc condamnable. Cependant en tant qu'homme libre, qu'une fois avoir lu Machivel, je ne peut que constater la légitimité républicaine, du mobile de Chavez.
1Chambre de commerce du Venezuela.
2Growing Evidence of an Insurgent Partenership. www.venezuelafoia.info
3« Documents Show C.I.A. Knew of a Coup Plot in Venezuela » paru sur The New York Times 3 Dec 2002.
4 The National Endowment for Democracy : institut américain qui a considérablement investi dans « le renforcement des partis politiques et dans l'éducation et l'orientation politique de la société civile ».
5Correspondent CNN au Venezuela.
6Otto Neustald, dans film documentaire, Cronica de un golpe de Estado, Venezolana de television, 2002.
7Lorsque le gouvernement decrete une tranmission sur toute les ondes.
8Siege du Ministere de la Defense Venezuelien.