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L’Afrique du Sud et l’Apartheid
 
 
Appréhension d’une politique de ségrégation, illustrée par le Bentu Education Act (lois sur l’éducation des Bantous) adopté en 1953.
 
 
 
Pleure, ô pays bien-aimé,
Sur l’enfant qui n’est pas encore né
Et qui héritera de notre peur.
Puisse-t-il ne pas aimer trop
Profondément cette terre.
Puisse-t-il ne pas rire avec trop de joie
Lorsque que l’eau coule entre ses doigts,
Ne pas se taire trop gravement
Lorsque le couchant fera flamboyer le veld[1].
Puisse-t-il ne pas être trop ému
Lorsque les oiseaux de son pays chanteront,
Ne pas donner trop de son cœur
A une montagne, à une vallée.
Car s’il donne trop,
La peur lui prendra tout.
 
 
Alan Platon[2]
 
Plan
 
 
Quels sont les éléments  qui ont amenées l’Afrique du Sud d’hier, à fonder un Etat reposant sur le racisme (entre autres) au point d’instituer juridiquement cette ségrégation par la politique d’Apartheid ? Nous illustrerons ceci avec la loi sur l’éducation des Bantous, régissant l’accès à l’éducation des populations de couleurs.
 
 
Introduction
 
 
 
L’Afrique du Sud est un pays connu de tous, non pas pour ses vertus (nous l’espérons) présente et à venir, mais pour son passé empli de vices… L’idée n’est pas de faire ici le procès de ce qu’a été l’actuelle Afrique du Sud, l’objet de ce dossier est de constater et de comprendre, comment et pourquoi ce terre a subi tout ceci.
 
L’Histoire de l’Afrique du Sud remonte bien plus loin que l’arrivée des Européens au XVIIe siècle, elle commence bien des millénaires auparavant avec l’installation des peuples San, Khoikhoi ou encore Bantou. L’Afrique du Sud a d’abord été le pays de l’Homme Noir avant d’être celui de l’autre contraste, de l’autre nuance, soit l’Homme Blanc. Bien que conscient de tout ceci, nous nous attarderons à prendre le fil de l’Histoire Sud-Africaine avec l’arrivée des Européens au Cap… Non pas que l’Histoire antérieure ne soit pas intéressante, mais bel et bien parce que les racines du « mal » ont leurs sources ici… C’est lors de « notre » arrivée que le destin tragique de ce pays s’est engagé.
 
En effet, pour beaucoup, la ségrégation raciale commence avec l’instauration juridique et officielle de l’Apartheid[3] en 1948, mais il n’en est rien… Le conflit « coloré », entre les peaux blanches et les autres[4], débute pratiquement dès le début de la présence européenne. Il est nécessaire de (re)faire cette remise en situation contextuelle pour saisir les enjeux passés, présents et futurs que l’Afrique du Sud a du, doit et devra faire face… Il faut connaître d’où l’on vient pour appréhender où l’on est et surtout où on va…
 
C’est pour cela que la première partie de cette courte étude va se concentrer sur une approche résolument historique, afin de suivre l’évolution de l’implantation européenne et ses conséquences. Evidemment, nous ne traiterons ce voyage dans le temps qu’à travers le prisme des relations entre la communauté blanche toujours plus nombreuse et vindicative, face aux autres peuples de la région. Chaque étape a eu son importance et donne des éléments pour mieux saisir la ségrégation qui conduira à son accomplissement final au travers de l’Apartheid. Ce choix de traitement du sujet est bien sûr critiquable, mais il permet néanmoins une approche évolutive et réceptive au regard de l’Histoire. Comme nous pouvons déjà le noter, l’Apartheid n’est pas le fruit d’une décision ponctuelle, mais d’un processus long et complexe qui à germé dès la genèse de l’Afrique du Sud « européenne ».
 
Fort de cette première partie qui nous aura permis de constater le processus ayant conduit à la réalisation de l’Apartheid, nous nous attarderons plus précisément sur une des politiques majeures sous le régime de l’Apartheid, à savoir les lois sur l’éducation des Bantous de 1953. Ces lois, qui régissent la politique éducative de la République Sud-Africaine, instaurent les principes qui fondent d’un coté l’éducation des blancs, et de l’autre celle des non-blancs. Comme nous le savons tous, l’éducation est un enjeu crucial pour tout Etat digne de ce nom, et c’est à ce titre que l’application de l’apartheid quant au domaine de l’éducation des non blancs, est révélatrice de l’esprit de ce régime. Ces lois incarnent la logique de domination des blancs au pouvoir, et illustrent les tenants et aboutissants du régime d’Apartheid. Encore une fois, ce choix est purement arbitraire, et bon nombre des lois qui caractérisent l’Apartheid auraient permis de symboliser de manière tout aussi convaincante ce que fut l’Apartheid. Néanmoins, ces lois de division du système éducatif sont les plus symboliques et permettent de réaliser facilement ce qu’était le régime ségrégationnisme en Afrique du Sud et ses ambitions.
 
C’est ainsi qu’au regard de l’Histoire, nous allons dans un premier temps constater les origines du « mal », étudier l’Apartheid et son instauration d’une manière globale, pour enfin nous recentrer sur les lois d’éducations Bantous, qui résume en grande partie le fonctionnement de l’Apartheid, ses moyens, ses fins et surtout… sa fin !
 


I. Des origines d’une rupture à l’Apartheid formellement institué.
 
            Cette partie à vocation à mettre en perspective l’élaboration de l’implantation européenne au Sud de l’Afrique, ses étapes, ses conflits, et ses conséquences qui mèneront la communauté européenne a prendre une certaine voie, qui l’amènera jusqu’à l’Apartheid.
 
A.      Héritage historique.
 
Le premier contact entre les européens et le Sud de l’Afrique remonte à 1488. Au XVe siècle, le Portugal s’ouvre sur les mers, grâce à Henri le Navigateur. Pays de l’or et des esclaves, les expéditions se multiplient en direction de l’Afrique. Le 3 Février 1488, le commandant portugais Bartolomeu Dias (Bartholomé Dias) croise le Cap, qu’il baptise le Cap « des Tempêtes » (dû a de forts vents violents), mais le Roi Jean II, dans un esprit plus positif, le rebaptise comme le Cap « de bonne espérance ». Si seulement…
 
1.      La découverte du Cap par les Pays-Bas et le relais anglais.
           
            Les portugais ne reste pas longtemps au Cap, trop préoccupés par leurs intérêts asiatiques. A la fin du XVIe siècle, les Provinces Unies (futur Pays-Bas) sont libérées de l’emprise espagnole. Elles partent elle aussi à l’assaut des océans et fondent en 1602 la VOC, plus connue sous le nom de Compagnie des Indes orientales. Forte de sa croissance, la VOC, cherche une étape sur sa route entre l’Europe et l’Asie. Son choix se portera sur la province du Cap. La Mission de fonder une escale au Cap est confié à un jeune chirurgien ayant soif d’aventure, Jan Van Riebeeck. Il part en 1651 avec trois navires et une centaine d’hommes. Il débarque au Cap le 6 Avril 1952, l’histoire commence donc vraiment à cette date, avec la première implantation européenne planifiée. Ils sont soumis à l’autorité de la VOC et les objectifs sont clairs et restreint, construire un fort, planter un verger et un potager, défricher pour permettre le ravitaillement en produits frais les navires de passages. Les débuts sont rudes, mais à force d’acharnement, les premiers ravitaillements se déroulent en 1653.
 
            Contrairement à un mythe tenace, la région du Cap était loin d’être inhabitée. En effet, cette partie de l’Afrique Australe abrite le peuple Khoikhoi qui se consacrent exclusivement à l’élevage de mouton et de bœuf à longues cornes, seule source de puissance et de richesse. Il est intéressant de noter qu’au départ (comme souvent), la cohabitation se déroule plutôt dans un bon esprit. Les Hollandais obtiennent d’eux le bétail dont ils ont besoin qu’ils troquent contre du tabac, du cuivre, du fer, de la verroterie[5] et de l’alcool. Malheureusement (comme souvent aussi), ces relations cordiales sont de courtes durées, à cause des exigences toujours plus fortes des colons européens. Le conflit finit par éclater lorsque Jan V. Riebeeck reçoit de la part de la VOC, en 1957, l’autorisation de concéder unilatéralement des terres à certains employés. Ils spolient ainsi les Khoikois de leurs terres, d’autant plus qu’ils ont l’interdiction formelle de la VOC de commercer avec eux, l’essor de l’économie est important, profitant des ventes de leurs productions aux navires faisant escales. Mais les Khoikois ne restent pas sans réagir et tentent de donner du bétail malade, Jan V. Riebeeck prend des Khoikhois en otages comme mesure de rétorsions. Fort de cette rivalité naissante, les colons, ayant l’avantage du cheval et du fusil, mulitplie les razzias chez les Khoikhois. Si bien qu’en 1959, les Khoikhois se fédèrent sous l’autorité du Chef Doman, afin de lutter plus efficacement contre les colons. Ils attaquent les hollandais qui se retrouvent forcés de se réfugier dans leur fort, mais les armes à feu des européens ont vite soumis les réfractaires en les réduisant en esclavage ou en les envoyant en exil. La Colonie, continue de croître… Les Khoikois asservis se révèlent être de piètre paysans, et les Blancs estiment ne pas avoir à faire ce travail qu’ils considérent comme ingrats, du coup, ils ont recours à l’esclavage et importe des populations d’Angola, de Java, de Guinée…
 
            A partir de 1860, l’immigration européenne est prônée par le nouveau gouverneur de la colonie, Simon Van der Stel, est compte transformer cette escale coloniale en une vrai colonie européenne digne de ce nom. Les nouveaux arrivants arrivent d’un peu partout, d’Hollande évidemment, mais aussi d’Allemagne, du Danemark, de Suède, fuyant la Guerre de Trente ans et la misère. La Colonie s’étend donc dans l’espace. En 1688, notons l’arrivée de 180 huguenots français craignant les effets de la révocation de l’édit de Nantes. Toutes ces populations européennes coexiste bien entre elles et s’intègre à l’environnement local.
 
            Au XVIIe siècle, la colonie est fondée sur l’ordre, hiérarchisée verticalement avec à la tête, les fonctionnaires de la VOC, puis les Burghers[6], les esclaves, et enfin les « étrangers » soit les indigènes. Toutefois, la VOC n’instaure pas de distinction juridique pour distinguer ce qu’est un citoyen libre ou un esclave affranchi. Ceci démontre donc que la couleur de peau n’est pas (encore) un facteur déterminant la place de l’individu dans la société. Pour l’instant, le clivage se fait entre chrétien et athée, et entre homme libre et esclave. Un esclave émancipé peut, officiellement, occuper les mêmes fonctions qu’un Blanc, à condition qu’il soit bien sûr baptisé. Reste que les baptêmes sont rares et que les pasteurs luthériens ne se sentent apparemment l’âme de missionnaires… Première discrimination indirecte ?
           
            Les européennes n’étant semble-t-il pas très motivées à l’idée de venir s’installer dans ce coin du globe, les colons s’entichent de femmes Khoikhois, et la VOC s’accommode très bien du métissage qui en résulte. Mais le nombre de ces « Métis du Cap »[7] augmente significativement pour instaurer une certaine inquiétude chez les autorités. C’est ainsi qu’en 1678, un édit décrète que « des relations trop intimes entre Européens et indigènes sont une disgrâce pour les Pays-Bas et les nations chrétiennes ». Toujours dans le même esprit, en 1685, le commissaire général de la colonie, Mr Van Rheede Tot Drakenstein interdit les mariages mixtes, considérés comme un péché.
 
            Sans parler de l’agitation politique qui entoure la colonie au début du XVIIIe siècle[8], les colons s’enracinent et commencent réellement à se sentir africains. Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les fermes familiales pour s’implanter toujours plus à l’intérieure des terres, s’éloignant également ainsi des contraintes imposés par la VOC, et s’active à l’élevage extensif. Ces colons sont désormais appeler les Trekboers. A cause de leurs expansions, il se retrouvent à nouveau confronter aux Khoikhois et surtout au fier peuple chasseur San. Les escarmouches sont nombreuses. Les Trekboers s’organisent en commandos et multiplient les attaques punitives et meurtrières. La variole importée d’Europe fera le reste… C’est grâce à eux que va se répandre l’usage de l’ « afrikaans »[9]. Les Trekboers vont de plus en plus s’isolés et n’auront comme seul allié la Bible. Pratiquant un calvinisme austère, ils développent une sorte de « mystique » de la race, convaincus que Dieu leur à confié pour Mission d’ « apporter les lumières de la civilisation en Afrique ». Ils seront dès lors fidèles à ce « commandement divin ». Les Trekboers continuent leurs expansions, et se retrouve encore un conflit contre un peuple, les Xhosa, équivalent africain des Trekboers eux-mêmes, le climat, variable, restera toujours relativement tendu.
 
            En 1795, l’Angleterre prend le contrôle du Cap et sa région, sans rentrer dans les détails, ce changement ne perturbe pas outre mesures les colons installés, Londres étant apparemment plus libéral que l’autorité antérieure. Au début du XIXe siècle, l’influence des idéaux de la Révolution française et des pasteurs méthodistes pose la question de l’Homme de couleur. Ainsi, en 1807, l’Angleterre interdit le commerce des esclaves dans l’Empire, et parallèlement, les autorités coloniales adoptent des mesures en faveur des Khoikhois et des esclaves dont la situation est jugée inacceptable par les pasteurs de la London Missionary Society. L’autorité coloniale créa même des missions pour les Khoikhois et les Xhosas. Le révérend en place dans la colonie, Johannes Van der Kemp et son collaborateur James Read dénonceront constamment les conditions misérables des Noirs. Ils iront jusqu’à émettre en 1811 des rapports contre certaines familles Boers accusées de faits répréhensible envers les personnes de couleurs, amenant l’établissement d’une Cour itinérante de Justice. Très vite, cela va cristalliser les rancoeurs des Boers, qui interpréteront ses actions comme de l’hostilité systématique et un grave préjudice. En 1815 des affrontements éclatent[10]. En 1828, les Britanniques promulguent la « cinquantième ordonnance » qui reconnaît la totale égalité juridique entre les Khoikhois et les Blancs, et le droit à la propriété des Noirs. Mieux, en 1833, l’abolition de l’esclavage est officielle dans tout l’Empire Britannique. L’Empire prévoit des compensations pour les propriétaires des 40 000 esclaves désormais affranchis, mais les Trekboers ne l’entendent pas de cette oreille et considère cet acte « libéral » comme un atteinte à l’ordre divin. De plus en plus colons débarquent sur la colonie, et migrent vers l’Est, augmentant les conflits avec les Xhosas. Les Britanniques, ne voulant pas d’une énième guerre inutile, refuse de soumettre les Xhosas au grand damne des Trekboers. La guerre éclate malgré tout en 1835, les Britanniques interviennent et rétablissent les frontières d’origine. Cette décision provoque la colère des Boers, jugeant la politique britannique comme « négrophile ».
 
            La contestation Boers devenant de plus en plus important, ils cherchent à s’émanciper de la domination de Londres. En 1832, le Docteur Andrew Smith entreprend un voyage d’exploration au Natal, vers le Nord et l’Est, et présente la région comme un lieu fort hospitalier créant ainsi dans la tête des Trekboers le mythe d’une terre promise retrouvée. En 1835, les premiers départs s’organisent vers la région, c’est qu’on appela le Grand Trek. Malgré des débuts plutôt rudes, les Boers s’accrochent et continue d’affluer en 1836 et 1837. Cet établissement se fait au détriment, évidemment, de populations indigènes déjà sur place, comme les Zoulous, les Tsongas, ou les Sotho. L’histoire s’écrit donc encore en lettre de sang… les Boers, enfilant les victoires, se croient jouir d’une bénédiction divine afin de réaliser leur œuvre. Les Boers s’organisent et installe leur propre autorité, ce qui bien sûr, n’est pas du goût de la couronne britannique…En 1842 commence la première guerre des Boers, les anglais remportent la victoire et réinstaure leur autorité. Toutefois, en 1853, les Boers et les anglais se rencontrent et signent l’acte d’indépendance du Transvaal[11], région situé en amont du Natal. En Février 1854, la convention Bloemfontein reconnaît l’indépendance de l’Etat libre d’Orange. Les Boers ont donc le champ libre…
 
2.      Les boers et le temps du « nationalisme ».
 
Les républiques Boers sont donc instaurées. Elles s’inspirent largement de la tradition des colons, à savoir l’usage exclusif de néerlandais dans les textes officiels et de l’afrikaans dans le langage courant. Le calvinisme est consacré religion d’Etat. Le droit de vote, contrairement ce qui avait cours sous la domination britannique, est réservé aux seuls Blancs. Ainsi, l’article neuf de la constitution du Transvaal[12] stipule que « la nation ne reconnaît aucune égalité  entre les Blancs et les indigènes », tandis que, dans celle de l’Etat libre d’Orange, l’article premier de la constitution précise que « seuls les Blancs son citoyens de la République ». La tolérance britannique n’a donc en rien permis d’ « arrondir les angles », au contraire, elle fut à la source d’une frustration, avec ceci pour conséquence…
 
            Les nouvelles terres à disposition des Boers[13] permettent l’expérimentation du principe de « différenciation naturelle » des êtres humains, conformément à leurs interprétations de la Bible. Ces républiques restent au demeurant des Etats fragiles, politiquement instables et économiquement arriérés. Le nombre d’habitant Blanc s’élève à 45 000, alors que la Province du Cap, toujours sous domination de Londres en compte 200 000. Mais en 1869, un berger découvre dans la vallée du Vaal[14], l’ « étoile de l’Afrique du Sud », un superbe diamant. Aussitôt, les prospecteurs affluent de tous les points cardinaux et creusent d’immenses carrières. Immédiatement, les jeunes « républiques » Boers revendiquent leurs souverainetés sur les gisements.
 
            Les Britanniques jouent de malice pour dans un premier temps aller dans le sens des Boers, mais l’arrivée du Premier Ministre Disraeli en 1871, durcit considérablement la politique colonial britannique et réaffirme l’impérialisme de Londres, toutes le terres pouvant être dominées, doivent l’être, ceci visent donc les faibles républiques Boers. Londres annexe ces républiques, de toute façon usées par les conflits répétés avec ses voisins africains et les Boers n’offre aucune résistance au retour de la domination britannique. En 1877, l’obstacle majeur au projet britannique de créer une Fédération sud-africaine est la persistance du royaume zoulou. Londres décide donc de l’abattre. Le 9 Janvier 1879, Londres avait adressé un Ultimatum qui expira. Le 10, l’armée anglaise forte de 5 000 soldats, est convaincue de sa supériorité… Mais l’armée impi (soit zoulou) composée de 20 000 hommes n’a pas dis son dernier mot, des erreurs stratégiques, et le manque de munition, feront que le 22 Janviers, lors de la bataille finale, les anglais se feront massacrés par les zoulous. Le plus grave revers de l’histoire coloniale anglaise venait d’avoir lieu. Humiliés, les Britanniques organisant leur vengeance en Mars de la même année, et cette fois l’histoire ne se répète pas, les Zoulous sont soumis et annexer à l’Empire Britannique.
           
            Après cette guerre, les Boers réclament à nouveau le recouvrement de leur indépendance. Devant le refus de Londres, les Boers entame une deuxième guerre contre la Couronne et défait les anglais. Après ce revers, Londres décide de se désengager et signe la convention de Pretoria qui reconnaît une nouvelle fois l’indépendance du Transvaal. Après le diamant, des prospecteurs découvrent d’énormes gisements d’or… Une nouvelle fois, c’est la ruée. En 1887, 7 000 personnes sont venues pour simplement creuser dans l’espoir de voir la pierre soleil. En une dizaine d’année, Johannesburg compte près de 100 000 habitants. La grande partie des prospecteurs anglais présent sur place sont considérés par les Boers comme des citoyens de deuxième catégories, subissant de lourdes taxes et se heurtant au refus des autorités Boers de leurs données des droits qu’ils revendiquent.
 
A la fin des années 1880, l’impérialisme européen reprend de l’envergure. Les Anglais rêvent d’une Afrique s’étendant du Caire au Cap, les Allemands d’une MittleAfrika, et les Portugais d’un axe est-ouest pour relier l’Angola au Mozambique. Les Anglais annexent tout ce qui peut encore l’être, le jeune Etat Boers se retrouvent encerclés et cherchent le soutient des Allemands. En 1890, le célèbre impérialiste, Cecil Rhodes, devient Premier Ministre du Cap. Soutenu sans faille par Londres, il tente un coup de force contre la république du Transvaal. Le 29 décembre 1895, 600 britanniques pénètrent le territoire, mais le coup d’Etat est avorté grâce à l’intervention des commandos Boers. Rhodes, désavoué par son Ministre, démissionne. Il est remplacé par Sir Alfred Milner qui est bien décidé à venger Rhodes. Les Boers, loin d’être naïfs, se préparent à la guerre et achètent des armes aux Allemands et aux Français. En Mai 1899, une rencontre entre dirigeants a lieu, le Transvaal est persuadé qu’il est soutenu par l’Europe continentale, et décide donc de ne rien céder aux Britanniques… Ceci irrita Milner qui chercha directement l’affrontement pour corriger ce « petit peuple arrogant » qui défie depuis trop longtemps le Grand Empire Britannique. Le 11 Octobre 1899, la Guerre éclate sous l’initiative du Transvaal. Les Boers dominent le « jeu », mais l’effet de surprise passé, les généraux Boers sont incapables de profiter de leurs succès et permettent aux Anglais de se ressaisir. Le 5 Juin 1900, l’ « Union Jack » flotte sur Pretoria. Les Boers se lancent donc une rude épreuve de guérilla contre les Britanniques, qui sera vaine au final. Le 31 Mai 1902, la paix est signée à Vereeniging (petite ville minière du Transvaal)
 
Vaincus, ruinés et honteux, les Afrikaners sont laissés à l’abandon au lendemain de la Guerre. Les deux anciennes républiques (Transvaal et Orange) ont été ravagées. Mais paradoxalement, la haine s’estompe pour laisser place à une volonté de coopération avec les Britanniques. Londres, beau prince, multiplie les signes d’ouverture envers les Afrikaners et reconstruit les régions Boers dévastées. A partir de 1904, les Afrikaners retrouvent leur vitalité politique. Un grand débat débute quant à la nature de l’Etat Sud Africain à bâtir, au final, il sera un Etat unitaire, où les quatre provinces qui le composent auront une large autonomie, et malgré les oppositions britanniques, les Boers parviennent à préserver l’application de leurs lois martiales dans les provinces Boers. Le 31 Mai 1910, l’Union Sud-africainen est proclamée.
           
Avec la fin de la guerre des Boers et la défaite de ces derniers, les Noirs, qui composent la grande partie de la population (3,7 millions de Noirs, 1,1 millions de Blancs, 500 000 métisses et 100 000 indiens), espéraient que le libéralisme du Cap s’étendrait à toute l’Union… Ils seront amèrement déçus, car Londres, qui veut avant tout tourner la page de la guerre avec les Boers, ne se préoccupent absolument pas du sort des Noirs. C’est à partir de cette période que la résistance noire s’organise, avec l’établissement en 1923 de l’African National Congress (ANC) qui joue depuis un rôle primordial, mais ce n’est pas notre propos.
Le Vendredi 20 Juin 1913, l’indigné d’Afrique du Sud se retrouve « non pas tant un esclave, que paria sur sa terre natale »[15]. C’est en effet à cette date qu’est promulgué le Native Land Act (loi sur les terres indigènes) qui confine la population noire sur seulement 7,3% du territoire. Cette loi a des effets désastreux et produit de fort mouvement de population, où les noirs se retrouvent sous la coupe des compagnies minières qui les exploitent à moindre coût.
 
A la même époque, les Indiens[16] commencent aux aussi a avoir quelques revendications. En 1893, alors que le racisme anti-indien prospère, la communauté indienne fondre le Natal Indian Congress en 1894 (grâce au concours de Mohandas Gandhi, jeune avocat venu défendre « ses frères »). Ce congrès se fixe comme objectif la reconnaissance des droits civiques et l’amélioration de la condition morale des Indiens, mais cela aussi, c’est encore une autre histoire.
 
            La Première Guerre mondiale a bien sûr concerné l’Afrique du Sud, sans parler des tensions politiques que cela a engendré, 60 000 africains sont partis aux combats, et en sont revenus sans médailles ni honneur, mais avec toutefois le souvenir de la fraternité sur le front entre les Blancs et les Noirs… Ensuite, la crise de 1920 touche de plein fouet l’Afrique du Sud, et le chômage frappe sans distinctions les Blancs et les Noirs. D’autant plus que face aux revendications noires, le pouvoir rétorque par la violence et accentue la ségrégation raciale. Par exemple, les pass[17] sont instauré en 1918, et tout Africain doit l’avoir sur lui. Les tensions croissent, et en 1919, tragédie de Bulhoek où l’armée massacre 171 membres d’une « secte » israélite qui refusaient de quitter des terres occupées illégalement. Face à la crise économique donc, les blancs sont envoyés au final au chômage, et comme il faut quand même faire tourner l’économie, les industriels emploient des Noirs au salaires quatre fois moins élevés, créant encore un peu plus un sentiment de frustration chez les Blancs… L’épreuve de force se profile encore un peu plus… En 1924, les Afrikaners remportent les élections, au bénéfice de leur alliance avec les travaillistes anglophones. Ils prennent ainsi leur revanche sur l’Histoire.
 
            Nouveau Premier Ministre, James Hertzog devient alors la figure emblématique du « nationalisme afrikaans » triomphant. Sa priorité et de sortir les « petits » Blancs de la misère. En 1924, ils sont 160 000 à « avoir des conditions de vie inappropriées pour une vie civilisée » (il faut comprendre par là qu’ils vivent comme des Africains, voir moins bien (sic !)). Hertzog agit donc par un renforcement de la ségrégation raciale, le principe des emplois réservés est élargit à l’industrie et au commerce, les derniers droits politiques des Noirs sont abrogés au Cap, et la ségrégation territoriale est « optimisée » sur tout le territoire. Mais Hertzog déçoit les Afrikaners quant à sa volonté d’aller vers l’indépendance et semble se contenter des avantages concédés par Londres lors de la Conférence Impériale de 1931. Mais cette même année, l’impact de la crise de 1929 touche l’Afrique du Sud, avec les mêmes conséquences que celle de 1920. Hertzog est incapable de faire face à la crise. Du coup, les nationalistes extrémistes, se sentant trahis, fondent le Parti national « purifié » en 1934 avec Daniel Malan à sa tête…
C’est à partir de là que s’élabore l’idéologie du national-christianisme et son corollaire, l’Apartheid… Tout ceci dans l’optique de faire face au « Péril Noir ». Après la parenthèse de la Seconde Guerre Mondiale, Daniel Malan multiplie les discours vociférants contre les Noirs, en 1948, il remporte les élections lui permettant d’ériger le racisme au rang d’institution.
 

[1] : Steppe d’Afrique du Sud.
[2] : Ecrivain Sud-africain (1903-1988), considéré comme un Blanc libéral, a sorti en 1948 un livre fondateur « Pleure ô pays bien aimé », le premier d’une longue liste, qui malgrè toutes les critiques endurées, dénonçait le traitement inacceptable fait aux peuples de couleurs et lançais un vibrant appel à la réconciliation entre les « races ».
[3] : Mot d’origine néerlandaise signifiant « séparation ».
[4] : Il faut bien noter, que contrairement à certaines idées reçues, que le régime d’Apartheid ne concernait pas que les noirs, mais bel et bien toutes les personnes non blanches, qu’elles soient noires, indiennes, chinoises, ou autres. La distinction des métisses se faisait de manière tout à fait arbitraire. Pour savoir si la personne étaient considéré comme blanche ou non, on passait un peigne dans les cheveux, et si le peigne coiffait sans résistance, la personne était considérée comment blanche, sinon… non !L’absurdité du système peut déjà se résumer ainsi.
[5] : Petit ouvrage de verre colorié et travaillé agrémentant bijoux et autres ornements.
[6] : Terme désignant les colons.
[7] : Ces métis sont appelés les « Kaapleurige »
[8] : Le nouveau gouverneur, Adriaan Van Der Stel est avide, et s’enrichit au détriment de toute la colonie, déclenchant la colère des Burghers.
[9] : Dialecte inventé par les Métis du Cap et les esclaves, mélange de hollandais, de créoles portugais et de khoikhoi, l’une des nombreuses langue officielle de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui.
[10] Affaire Bezuindenhout, un Trekboer inculpé d’avoir maltraité un Khoikhoi, il refusa de se rendre au Tribunal. Arrêté, il résiste et meurt aux cours de l’échauffourée. Son frère cherchera à se venger en déclenchant un soulèvement, qui sera réprimé, fournissant ainsi aux boers ses premiers martyrs.
[11] : Avec pour la capitale… Pretoria en hommage à Andries Pretorius, un des principaux héros du Grand Trek.
[12] : Vous trouverez en Annexe, des cartes permettant de visualiser toutes ces régions au sein de l’Afrique Australe.
[13] : Ces boers, issus de la migration du Grand Trek, sont appelés les « Voortrekkers ».
[14] : Nom du fleuve de la région.
[15] : Termes utilisés par Sol Plaatje.
[16] : A partir de 1860, les Anglais avaient fait venir des milliers d’Indiens sous contrat, pour travailler dans les plantations de Cannes à sucre.
[17] : Document étant à la fois une pièce d’identité et un livret de travail.
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Commentaires

eh bien, j'espère que ce blog paie parce qu'il est le fruit d'un travail incroyable ! J'ai des articles en cours d'écriture, mais je les mettrai en ligne après les municipales, à l'occasion d'une petite restructuration de mon blog. C'est vous qui gérez la communauté RI ?
Commentaire n°1 posté par Masha le 01/03/2008 à 17h37
Bonjour Masha,  

C'est bien nous qui gérons la communauté RI, dans laquelle tu es la bienvenue !  

Notre site est en pleine restructuration aussi, ce qui va demander encore plus de travail mais le site sera beaucoup mieux, tant sur le fond que sur la forme.  

Beau blog ! Continue

A bientôt 

reseaugaribaldi
Réponse de reseaugaribaldi le 02/03/2008 à 00h25
 
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