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B.      L’instauration de l’Apartheid[1]
 
 
            Un rapport du Parti national datant de 1947 énonce ce qui suit :
 
-          « L’apartheid dérive de l’expérience des Blancs établis dans le pays. C’est une politique qui est en harmonie avec les principes chrétiens de justice et d’équité, et qui se donne pour objectif de préserver l’identité des peuples indigènes en tant que groupes raciaux séparés, de leur offrir la possibilité de se développer en ensembles nationaux autonomes et de stimuler la naissance d’une conscience nationale. »
 
Ceci justifie l’approche historique précédente, il était indispensable de comprendre d’où tout cela venait pour appréhender l’apartheid en tant que tel.
 
1.      Le pays de l’ « Homme Blanc ».
 
L’élection (où seuls votaient les blancs) de 1948 amena donc Malan au pouvoir. Le Parti, avec « son » apartheid avait élaboré un projet de ségrégation totale consistant à institutionnalise la ségrégation. En 1950, le Premier Ministre Malan nomme le Dr Hendrik Verwoerd[2] ministre des Affaires indigènes, avec pour mission de mettre en pratique les deux principes fondamentaux du Parti national, à savoir :
 
-          Arrêter la dangereuse revendication d’égalité raciale qui s’était manifestée sous les gouvernements précédents.
-           Promouvoir le « développement séparés ».
 
            L’apartheid alors prôné par les politiques au pouvoir, repose sur l’idée de la supériorité de la « race blanche », ni plus, ni moins, et sur une anthropologie culturaliste qui assigne les Africains à un stade inférieur du développement humain. L’idéologie en vogue, donc, reprenait bien des concepts du national socialisme allemand, tout en prenant le soin de les teinter tant bien que mal de christianisme et d’un coté scientifique avec les « connaissances » anthropologiques de jadis.
 
            Précédée d’un grand travail de classification raciale de la population Sud-africaine, via le Population Registration Act de 1950. Cette séparation devait se traduire aussi bien spatialement (avec la notion de « Grand Apartheid ») que dans la vie de tous les jours (soit le « petty[3] Apartheid). Verwoerd transformait les réserves et autres tribal aras établies par les Britanniques par des « Bantoustans », territoire autonome gérés par des chefferies, ayant pour but de rendre les Noirs étrangers à leur propre pays. Il s’attelait aussi à la désimbrication des groupes raciaux en zone urbaine. En 1959, le gouvernement a définit les huit peuples africains qui devaient avoir leur « propre territoire », les Sothos du Nord et du Sud, les Xhosas, les Tswanas, les Zoulous, les Vendas, les Tsongas et les Swazis, afin de mener au mieux leurs développements séparés. Pour donner corps au Grand Apartheid, le gouvernement organisa de grand déplacement de population entre 1960 et 1980, en déplaçant près de deux millions de personnes.
 
 
            Concernant les villes, le Group Aera Act de 1950, réorganisa l’espace urbain selon le principe de la séparation des « races », se résumant à l’expulsion des non-Européens des centres villes et leur réinstallation à la périphérie urbaine. La présence des noirs non natif de la ville est limité, sur permission, à 72 heures. La ville demeurant un espace de coexistence racial obligée, le « petty Apartheid » se développa avec des espaces pour les européens et les non-Européens[4]. La séparation raciale s’étendit jusqu’en dans le vie privée avec l’interdiction de toutes relations sexuelles entre groupes raciales distincts et bien sûr de tout mariages entre ces mêmes groupes. Les seuls contacts mixtes qui sont tolérés sont professionnels, et traduisent toujours un rapport de « maître à esclave ».
 
            En 1958, Verwoerd devient Premier ministre. Il va accomplir l’ultime destinée des Afrikaners, l’acquisition de l’indépendance. Il organise pour se faire un référendum le 5 Mars 1960, et grâce au soutient des populations anglophones (en plus des Afrikaners), la victoire est aux partisans de la « république ». En Mars 1961, l’Afrique du Sud annonce son retrait du Commonwealth, et le 31 Mai, la république Sud-africaine est officiellement proclamée. Le 21 Mars 1960 à Sharpeville, la police tire sur une foule de 5 000 personnes, tuant 69 manifestants. La violence s’exacerbe.
 
L’apartheid institua donc un cloisonnement racial multiforme qui allait, pour caricaturer à peine, des trottoirs à utiliser, jusqu’à l’enseignement[5], en passant par le contrôle des mouvements des non-Blancs, vers, justement, les zones blanches[6]. On peut donc constater qu’il forma au cours des années 1950 et 1960 un véritable corpus législatif, avec toute la densité requise, qui nécessita une bureaucratie et une police très importante, et malheureusement fortement sollicitées.
 
            En 1962, le gouvernement promulgue une série de lois qui réforme le droit pénal général. Le délit de sabotage est passible de la peine de mort. En 1963, la police voit ses pouvoirs accrus. En effet, les périodes de gardes à vue et de confinement solitaires sans jugement passent de douze jours en 1962 à quatre-vingt dix jours en 1963, à cent quatre-vingt jours en 1965 et même pour une durée illimitée, sous couvert de l’appréciation d’un juge, en 1966. En 1967, la loi sur le terrorisme est promulgué est surpasse de loi toutes les lois sécuritaires précédentes. La définition du terrorisme, vague et ambiguë permet de fait d’interdire et de sanctionner toute activité susceptible de remettre en cause l’ordre établit.
 
            En 1976, le pouvoir Afrikaners impose aux élèves noirs l’usage de l’Afrikaans dans l’enseignement des matières scientifiques. La jeunesse des townships se mobilise pour résister. Mais le 16 Juin, à Soweto, la police ouvre le feu pour disperser une manifestation d’adolescent. Hector Peterson, un jeune Noir de treize ans, est assassiné. Il restera le symbole de l’enfance liquidée. Le Premier ministre Vorster, qui a remplacé Verwoerd assassiné en 1966, appelle les Blancs à serrer les rangs pour faire face aux hostilités qui surgissent à tous les niveaux. A la fin 1976, 4 000 personnes sont arrêtés et condamnés. Entre Mars 1976, et Novembre 1977, près de 90 détenus périssent en Prison. La répression extrêmement brutale fait près de 1 500 victimes. En 1977, les journalistes sont interpellés, les journaux censurés ou interdits. Les bannissements, assignations à résidence, châtiments corporels et autres exécutions capitales se multiplient. Le pays s’enfonce « au plus noir de la nuit » que s’incarne par un militarisation croissante de la société sud-africaine.
 
            En 1978, Pierre Botha devient Premier ministre… Le 21 Mars 1985, jour du vingt-cinquième anniversaire du massacre de Sharpeville, la police tire sur la foule et fait 19 morts… Mais Botha, pourtant un pur produit de l’école Afrikaners, se veut pragmatique, et propose de libérer Nelson Mandela pour apaiser la crise (sachant qu’il est détenu depuis 1964) et veut assouplir l’apartheid… C’est le début de la fin pour ce régime, mais c’est un autre débat, un autre espoir…
 
2.      Si Dieu est blanc, le diable est de quelle couleur ?
 
            Cette partie a une vocation pédagogique pour illustrer qu’après le nazisme, l’Humanité avait encore d’autres flèches empoissonnées à son arc… et que les séquelles restent…
 
            La première illustration de ce qu’a été en partie l’Apartheid repose sur les expériences scientifiques qu’on peut qualifier de « diabolique » et qui ont eu cours sous le régime d’Apartheid. Le pouvoir en place avait en outre, donc, mobilisé des chercheurs et des scientifiques pour éradiquer la présence des Noirs en Afrique du Sud. Wouter Basson, un cardiologue de l’armée Sud-africaine et ancien médecin personnel de Bertrand Botha, était chargé du programme chimique et bactériologique du régime.
 
            Ce programme avait de nombreux buts. Les chercheurs avaient envisagé la production de mixtures destinées à stériliser les Noirs, et à favoriser l’apparition de cancers et de maladies cardio-vasculaires. Le principal objectif de Basson était de préparer Pretoria à une apocalypse chimique. Pendant ses heures libres, l’équipe de Basson complotait pour répandre du Mandrax[7] et d’autres drogues dans les ghettos d’Afrique du Sud afin de soumettre l’ennemi.
 
            Eugene de Kock, le tueur le plus célèbre de toute l’Afrique du Sud, a raconté comment son supérieur l’avait informé que les scientifiques développaient une pilule transformant les Blancs en Noirs afin d’infiltrer l’ennemi, mais également une pilule inverse, transformant les Noirs en Blancs, réglant ainsi le plus simplement du monde, les soucis en Afrique du Sud vis-à-vis du racisme. De Kock a également mentionné l’existence d’une recherche afin de produire des tee-shirts empoisonnés, conçus pour tuer par arrêt cardiaque les personnes qui les portaient. Les tee-shirts ont été réalisé, mais les policiers devant les distribués se sont « dégonflés » (officiellement).
 
            Ils ont aussi travaillé à l’amélioration de fils barbelés en y ajoutant l’électricité, en plus d’être tranchant comme des rasoirs, il devait être chargé 24 heures sur 24 à 3 500 volts, largement suffisant pour tuer un homme. Installé dans les années quatre-vingts, ce système aurait tués plus de clandestin que le mur de Berlin, sur une période pourtant bien plus courte. Il ne faut également pas oublier, que le pouvoir d’antan avait développé un programme nucléaire, le Plan Pelindaba, qui a produit 7 bombes nucléaires, aujourd’hui détruite. Tout ceci reste assez terrifiant et démontre ce qu’il peut y avoir de pire dans la nature humaine… D’autant plus qu’il reste peut être des découvertes à faire… Qui sait ?
 
            La deuxième illustration concerne la criminalité, avec en moyenne 2 500 morts par an, l’Afrique du Sud a connu l’un des plus hauts taux de criminalité au monde. L’urbanisation anarchique, l’éclatement de la cellule familiale, la prolifération des armes à feu et les trafics en tout genre à instaurer une violence criminelle qui a remplacé la violence politique. Cela peut être vu comme un héritage de l’Apartheid.
 
            Pour certains, et comme nous l’avons (en partie) constaté, à l’instar des Etats-Unis d’Amérique, l’Afrique du Sud a construit toute son histoire sur la violence. L’Afrique du Sud d’aujourd’hui, car c’est bien d’elle qu’on parle, doit faire face à une criminalité hors norme, et c’est un problème capital à régler. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’Afrikaners revanchard d’un passé perdu, et encore moins d’une vengeance des Noirs envers les Blancs. En effet, on note que les violences concernent surtout les non-Blancs entre eux. Car face à la défaillance de l’Etat dans certains domaines, la logique veut que l’on ait recourt à la justice populaire, pratique de plus en plus courantes. Ils s’organisent donc des sortes de milices ayant pour but de faire respecter, si l’Etat ne le fait pas, leurs propres visions du Bien et du Mal qu’il y a dans la société Sud-africaine…
 
Les causes de cette criminalité peuvent être multiples , mais ceci démontre encore une fois, faut-il le rappeler, l’importance du passé, l’héritage de l’Histoire, et les séquelles d’une nation qui a beaucoup saignée…
 

[1] : La liste des différentes lois relatives à l’Apartheid, sont présentes dans l’Annexe.
[2] : Il deviendra Premier ministre de 1958 à 1966.
[3] : Petty signifie en anglais, mesquin ou insignifiant.
[4] : Ainsi, le Separate Amenities Act concernait les bancs publics, terrains de sports, transports, plages, toilettes…
[5] : Aspect que nous développerons dans la seconde partie.
[6] : Incarné par le fameux influx control.
[7] : Effets de cette drogue ; Ralentissement de l'activité du système nerveux central. À dose réduite, ces substances soulagent la tension, mais une dose importante produit une démarche chancelante, une vision brouillée, une désorientation, une mauvaise articulation, une altération des perceptions spatio-temporelles, un ralentissement des réflexes et du rythme respiratoire, une sensibilité réduite à la douleur. Des doses excessives peuvent entraîner une perte de conscience, le coma et la mort.
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